Le Parvis

Habitons la France

Un manifeste, cinq convictions, des propositions pour celles et ceux qui gouverneront.

Avec « Habitons la France », nous souhaitons contribuer au débat public à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027. Professionnels engagés et membres du collectif « Le Parvis », nous ne revendiquons ni l’autorité de l’expert ni le mandat de l’élu, mais le droit du citoyen de faire part de ses convictions. Les nôtres sont fondées sur des principes puisés dans la longue tradition de pensée sociale chrétienne.

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Tribune du Parvis · La Croix · 28 septembre 2026« Comme le pape nous y invite, nous devons assumer d’agir en chrétiens dans la France laïque »

L’essai

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Le manifeste

Le texte qui ouvre l’essai : notre diagnostic et notre appel aux Français et à ceux qui se proposent de les représenter. Publié par le Collège des Bernardins.

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L’essai intégral

Le diagnostic, les cinq convictions, l’épilogue et l’ensemble des propositions, avec leurs 73 notes. En ligne ici, avec un sommaire cliquable.

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Les propositions

Vingt propositions concrètes, thème par thème, soumises aux candidats à l’élection présidentielle de 2027.

Voir les propositions

Qui sommes-nous

Le Parvis

Un collectif citoyen de chrétiens engagés dans la vie publique, né au Collège des Bernardins dans le sillage de « Votez Fraternité ! ».

Qui

Une vingtaine de professionnels engagés : entrepreneurs, hauts fonctionnaires, avocats, diplomates, consultants, acteurs associatifs. Dans le sillage de « Votez Fraternité ! », écrit avec le Pôle de recherche du Collège des Bernardins pour 2022.

Comment

Cinq groupes de travail réunis pendant un an au sein du séminaire « Gouverner autrement » du département de recherche Politique et religions du Collège des Bernardins, avec l’accompagnement scientifique du Pôle de recherche : l’espace, le temps, la relation à l’autre, les âges de la vie, le destin collectif. Un ancrage commun : la pensée sociale chrétienne. Sans affiliation politique, ouverts à confronter nos idées à tous les bords.

Quoi

Habitons la France, un essai pour 2027 : un manifeste, cinq convictions, des propositions concrètes soumises aux candidats. « Ni l’autorité de l’expert ni le mandat de l’élu, mais le droit du citoyen de faire part de ses convictions. »

Notre histoire

Né au Collège des Bernardins

Le Pôle de recherche du Collège des Bernardins accueille Le Parvis depuis sa naissance et accompagne ses travaux ; le Collège lui a ouvert sa scène le 17 septembre 2026.

2022

« Votez Fraternité ! »

Écrit avec le Pôle de recherche du Collège des Bernardins, à l’approche de l’élection présidentielle. Le Parvis en prolonge l’esprit.

2025

La naissance

Le Parvis voit le jour, accueilli par le Pôle de recherche du Collège des Bernardins. D’octobre 2025 à juin 2026, l’essai s’écrit au sein du séminaire « Gouverner autrement » du département de recherche Politique et religions, avec l’accompagnement scientifique du Pôle de recherche.

2026

Le grand débat

Le 17 septembre, lors du grand débat du séminaire « Gouverner autrement », le Collège ouvre sa scène à « Habitons la France », mis en débat avec sept partis politiques, aux côtés des revues France Forum et Études.

L’essai en cinq convictions

Contre la logique des flux, l’ancrage ; contre l’indifférence, le soin ; contre l’absence, la présence.

  • I

    Au plus fragile, la première place

    La dignité comme mesure du juste ; le soin du lien, de l’enfant à l’étranger.

  • II

    Le droit d’habiter quelque part

    L’espace comme bien commun : contre la relégation, une proximité habitable pour tous.

  • III

    Rendre au temps sa respiration

    Recevoir le temps au lieu de l’optimiser : l’enfance, le repos, le temps long du politique.

  • IV

    Que jeunes et vieux se réjouissent ensemble

    L’alliance des générations contre la guerre des âges.

  • V

    Avancer ensemble, de Babel à la Pentecôte

    Faire peuple : bien commun, justice, écologie, subsidiarité et solidarité.

Parution

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Le livret « Habitons la France » ouvert sur sa page de titre, remis aux participants le 17 septembre 2026
Photo : Laetitia d’Aboville / Voyez-Vous

17 septembre 2026

L’essai et ses propositions ont été présentés au Collège des Bernardins, puis mis à l’épreuve de sept partis politiques lors de deux tables rondes, dans le cadre du séminaire « Gouverner autrement ».

Le séminaire au Collège

17 septembre 2026 · Grand débat « Gouverner autrement »

Retour en images

Le Collège des Bernardins a ouvert sa scène à la présentation de l’essai et de ses propositions, mises à l’épreuve de sept partis politiques lors de deux tables rondes, dans le cadre du séminaire « Gouverner autrement » du département de recherche Politique et religions.

Marc Reverdin anime la table ronde « Comment mieux habiter notre espace commun ? »
Lucie Robieux, du Parvis, anime la table ronde « Protéger l’avenir, protéger nos enfants »
Un échange sur scène pendant la seconde table ronde
Une salle comble pour débattre des propositions
Le cocktail sous les voûtes, à l’issue des débats
Le livret « Habitons la France », remis aux participants

Photos : Laetitia d’Aboville / Voyez-Vous

En bref

Questions fréquentes

Le Parvis est un collectif citoyen accueilli par le Collège des Bernardins, où il a vu le jour en 2025. Une vingtaine de professionnels chrétiens engagés dans la vie publique y mettent la pensée sociale chrétienne à l’épreuve des questions politiques françaises.

Qu’est-ce que Le Parvis ?

Le Parvis est un collectif citoyen accueilli par le Collège des Bernardins, où il a vu le jour en 2025, dans le sillage de « Votez Fraternité ! », écrit avec le Pôle de recherche du Collège des Bernardins et paru en 2022, dont il prolonge l’esprit. Il réunit une vingtaine de professionnels chrétiens engagés dans la vie publique : entrepreneurs, hauts fonctionnaires, avocats, diplomates, consultants, acteurs associatifs. Accompagné par ce Pôle de recherche, il met la pensée sociale chrétienne à l’épreuve des questions politiques françaises. Son essai « Habitons la France », fruit d’une année de travail au sein du séminaire « Gouverner autrement » du département de recherche Politique et religions, a été présenté au Collège le 17 septembre 2026.

Quel est le lien entre Le Parvis et le Collège des Bernardins ?

Le Pôle de recherche du Collège des Bernardins accueille Le Parvis depuis sa naissance, en 2025. Le Parvis prolonge l’esprit de « Votez Fraternité ! », écrit avec ce Pôle de recherche et paru en 2022. D’octobre 2025 à juin 2026, il a conduit les travaux de « Habitons la France » au sein du séminaire « Gouverner autrement » du département de recherche Politique et religions du Collège, avec l’accompagnement scientifique du Pôle de recherche. Le Collège a ouvert sa scène à la présentation de l’essai le 17 septembre 2026, lors du grand débat du séminaire « Gouverner autrement » du Collège des Bernardins, organisé avec les revues France Forum et Études. Le Parvis s’exprime en son nom propre.

Qu’est-ce que « Habitons la France » ?

C’est l’essai du Parvis pour l’élection présidentielle de 2027 : un manifeste, un diagnostic, cinq convictions (au plus fragile la première place ; le droit d’habiter quelque part ; rendre au temps sa respiration ; que jeunes et vieux se réjouissent ensemble ; avancer ensemble) et vingt propositions concrètes. Le texte intégral est en ligne sur ce site.

Quelles sont les principales propositions du Parvis ?

Parmi les vingt propositions : un droit à la proximité habitable, un contrat d’espace avec avis conforme citoyen, le temps scolaire « zéro écran », une option bénévolat au baccalauréat, un mandat présidentiel unique de sept ans, un crédit de temps pour les aidants, une dotation de capital pour chaque jeune à 25 ans et l’étude d’une sécurité sociale de l’alimentation.

Le Parvis est-il lié à un parti politique ?

Non. Le Parvis n’a aucune affiliation partisane. Il soumet ses propositions à l’ensemble des formations politiques : le 17 septembre 2026, au Collège des Bernardins, tous les partis représentés à l’Assemblée nationale ont été invités à en débattre.

Comment contacter Le Parvis ?

Par courriel à leparvis@collegedesbernardins.fr, ou sur la page LinkedIn « Collectif Le Parvis ».

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Habitons la France

Avec « Habitons la France », nous souhaitons contribuer au débat public à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027. Professionnels engagés et membres du collectif « Le Parvis », nous ne revendiquons ni l’autorité de l’expert ni le mandat de l’élu, mais le droit du citoyen de faire part de ses convictions. Les nôtres sont fondées sur des principes puisés dans la longue tradition de pensée sociale chrétienne.

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↑Manifeste

Nous avons gagné le monde et nous y sommes devenus étrangers. N’est-ce pas, alors que le débat politique s’oriente vers les élections du printemps 2027, ce que beaucoup de Français ressentent ?

Jamais les Français n’ont disposé d’autant d’espace, d’autant de temps ; finalement, jamais n’ont-ils eu accès à autant de possibilités. En deux siècles, notre rayon d’action quotidien a été multiplié par 131 : nous franchissons aujourd’hui en une journée des distances qu’un homme de 1800 ne parcourait pas en une semaine. Notre espérance de vie s’est allongée de près de dix ans en un demi-siècle2. Nous avons à portée de main 10 écrans par foyer3, la totalité du savoir humain et la voix de nos proches à toute heure ; et voici que des machines, désormais dotées d’une intelligence artificielle aux capacités inouïes, apprennent à prédire et à décider à notre place.

Et pourtant, jamais peut-être les Français n’ont-ils si peu habité leur quotidien, leur quartier, leur pays. Car il y a un paradoxe au cœur de notre prospérité. Trop souvent, nous circulons sans rencontrer. Nous communiquons sans être présents. Nous accumulons les moyens et nous perdons les fins. Nous vivons plus longtemps, mais nous laissons nos jeunes sans racines et oublions le rôle que peuvent jouer nos aînés. Un Français sur quatre se sent seul4 ; plus d’un sur deux juge la société trop divisée5 ; moins de trois sur dix font confiance à ceux qui les gouvernent6. Ce ne sont pas là les symptômes d’un manque, mais d’une abondance mal ordonnée : nous avons multiplié les flux et désappris la présence.

Ce malaise n’est pas d’abord matériel ; il est plus profond. La valeur des choses a été réduite à ce qui se compte et se monnaie. Le produit de nos richesses nourrit des statistiques sans saisir la générosité de ceux qui donnent sans compter ; il compte la transaction et néglige le don. À force de ne mesurer que l’argent, nous avons cessé de voir ce qui n’a pas de prix : le soin, la présence, le temps donné. Nous nous sommes habitués à voir en l’homme un consommateur, un profil de compétences, une ligne dans un bilan : partout le calcul, nulle part, ou trop peu, le visage. La personne, pourtant, toute personne, vaut, avant d’être utile : elle est une fin, et jamais un simple moyen. Une société qui l’oublie peut combler tous les besoins et, en même temps, passer à côté de l’essentiel.

Face à cette dispersion, la foi chrétienne propose une conviction simple et bouleversante : Dieu s’est fait homme pour nous montrer un chemin d’amour et d’espérance. Il choisit un lieu : Nazareth. Il choisit un temps : le sabbat offert, le jour gardé pour la gratuité et la rencontre. Il choisit des visages : le prochain blessé, l’étranger sur la route, le petit enfant. Il établit une alliance qui traverse les générations. La foi n’est pas une fuite hors du réel ; elle nous réapprend à habiter aux côtés de nos prochains et notamment des plus petits, des plus faibles d’entre eux.

De ce regard, qui s’est traduit, dans sa reformulation politique, économique et sociale, par le vaste corpus de la doctrine sociale de l’Église, cinq groupes de travail animés par des chrétiens engagés, entrepreneurs, professions libérales, fonctionnaires, se sont réunis tout au long de l’année au sein du collectif du Parvis, accueilli par le collège des Bernardins. Leur objectif était de réfléchir, en vue de l’élection présidentielle de 2027, à ce que nous pouvions affirmer et proposer face à ces immenses et rapides transformations anthropologiques. Avec le désir de prendre un pas de recul par rapport à la frénésie de l’actualité et de l’immédiateté de la communication politique, trop souvent adepte des mesures chocs ou des solutions économiques au détriment d’une réflexion sur les fondamentaux.

De ces échanges, nous avons tiré cinq convictions que nous proposons à la France de 2027.

La première concerne la relation à l’autre. Il n’y a pas de construction de l’être sans relation à l’autre, et nous n’advenons comme sujets que par elle. Quand ce lien s’abîme dès les premières années de vie – solitude des jeunes, déserts de la pédopsychiatrie, souffrance psychique qui touche 13 millions de Français chaque année7, c’est la capacité même de faire société qui est atteinte à la racine et la santé mentale de chacun qui est à risque. Notre conviction : soigner la relation dès le premier âge, et accueillir l’étranger non comme une menace mais comme un visage, par des voies dignes et structurées, c’est soigner la cité tout entière.

La deuxième concerne l’espace. Il n’est pas une surface à consommer mais un bien commun à partager. À mesure que la vitesse a dilaté nos distances, le lieu où nous vivons a cessé de suffire. On circule sans plus habiter nulle part, et la mobilité, promesse de liberté, est devenue pour les plus modestes une assignation : les uns condamnés à la route, à plusieurs heures de trajet pour un emploi mal payé, les autres relégués dans des bourgs ruraux qu’on ne peut plus quitter. Notre conviction : chacun a droit à une proximité habitable. Pouvoir vivre l’essentiel de son existence près de chez soi, à pied, sans dépenser une fortune, ni être réduit à une longue route quotidienne. Et les lieux que nous partageons – la place, l’école, le jardin – doivent être rendus au soin de ceux qui les habitent.

La troisième concerne le temps. Il n’est pas une ressource à optimiser mais un don à recevoir. Chaque heure que le progrès nous rend est si facilement absorbée par l’écran et par la sollicitation qui ne nous laisse plus dormir ; et c’est d’abord le temps de l’enfance qui s’en trouve confisqué, happé par les images avant même l’âge de lire. Une société qui ne sait plus s’arrêter ne sait plus se rencontrer, ni transmettre le temps long. Notre conviction : sanctuariser le temps des enfants, retrouver le sens du repos, rendre au politique l’horizon des générations qui viennent, c’est rendre au temps sa valeur.

La quatrième concerne les âges de la vie. Il n’y a pas de société sans transmission entre les générations. Une nation qui laisse 4 millions de jeunes sous le seuil de pauvreté et réduit ses aînés à une ligne budgétaire a cessé de croire en elle-même. À cela s’ajoute la perspective inquiétante d’un modèle social fondé sur des équilibres démographiques d’un autre temps, à mesure que la natalité décroît. Notre conviction : aux deux extrémités de la vie, la même exigence. Celle de reconnaître que la dignité ne s’amenuise pas avec les forces, que dépendre les uns des autres est la condition humaine même, et que rien ne se bâtit sans cette alliance.

La cinquième concerne notre destin collectif. Aucun peuple ne tient sans projet partagé, enraciné dans la dignité de chaque personne, le souci du bien commun et le soin de la création. Or quatre fractures défont ce projet sous nos yeux : économique, lorsque 10 % des ménages détiennent la moitié du patrimoine8 et que la naissance décide de l’avenir ; écologique, lorsque nous léguons à nos enfants un climat déréglé et une terre appauvrie ; civique, lorsque la défiance gagne et que le lien se délite ; spirituelle enfin, lorsque se perd le sens même d’un avenir commun. Notre conviction : refaire un peuple, c’est rendre à chacun une part du patrimoine commun et une prise réelle sur son destin, et réconcilier d’un même mouvement la justice entre les hommes et le soin de la maison commune.

Il est temps d’une conversion du regard, qui revienne à ce qu’est fondamentalement notre humanité, plutôt que de se perdre dans une liste de mesures techniques. C’est à cette conversion que nous appelons, croyants et incroyants, élus et citoyens, anciens et jeunes. Cesser de mesurer notre vie à sa vitesse et à son rendement ; la mesurer de nouveau à ce qu’elle nous permet d’habiter : un lieu, un temps, des visages, une histoire commune. Aucune machine, si puissante soit-elle, ne rendra ce monde habitable à notre place. Contre la logique des flux, l’ancrage ; contre l’indifférence, le soin ; contre l’absence, la présence. C’est ainsi, nous le croyons, que nous pourrons ensemble construire l’avenir de la France.

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↑Riches de tout, étrangers au monde – Notre diagnostic

Les générations qui nous ont précédés ont manqué de presque tout ce dont nous disposons aujourd’hui. Pendant des siècles, les Français ont vécu et sont morts à quelques lieues du lieu où ils étaient nés, dans un pays dont ils ne connaissaient guère que le canton. Les travaux sur l’histoire des mobilités situent autour de quatre kilomètres le rayon des déplacements quotidiens d’un Français de 1800 ; il en atteint aujourd’hui plusieurs dizaines, sans que nous ne passions davantage de temps sur les routes. Nos vies se sont allongées comme jamais, et le savoir, qu’il fallait autrefois aller chercher dans les rares livres d’une école ou d’un presbytère, est désormais accessible dans l’écran que chacun garde en poche. Ce que nos aïeux espéraient sans trop y croire, nous l’avons reçu en surabondance.

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Les générations qui nous ont précédés ont manqué de presque tout ce dont nous disposons aujourd’hui.

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Cette abondance n’est certes pas tombée du ciel. Elle est venue de l’école, qui a instruit les enfants du peuple ; elle est venue du travail de plusieurs génération ; de l’intelligence enfin et de la liberté de femmes et d’hommes qui ont voulu desserrer les contraintes pesant sur eux. Elle prolonge à sa manière la vocation reçue au commencement, cultiver la terre et en déployer les promesses.

Or, cette abondance, loin de nous établir, nous a déracinés. Non qu’elle serait mauvaise en soi, car la tradition chrétienne tient les biens de ce monde pour bons : le mal vient d’abord du désordre de leur usage. Une chose donnée sans mesure ni fin cesse de servir celui qui la reçoit. Nous nous déplaçons davantage et nous nous rencontrons moins. Nous accédons à tout le savoir du monde et comprenons à peine notre voisin de palier. Près d’un Français sur quatre déclare éprouver un sentiment de solitude, au sein d’une des sociétés les plus connectées que l’histoire ait connues9. Nous avons donc bien gagné le monde et pourtant nous y vivons toujours plus comme des hôtes de passage.

Une réduction silencieuse a précédé ce déracinement qui touche moins au corps qu’à l’âme : nous avons accepté d’être réduits à des fonctions, en oubliant que nous sommes des personnes avant tout. L’homme contemporain se laisse définir tour à tour comme un individu sans attaches, un consommateur dont les désirs sont assouvis par des marchés, un capital humain inscrit au bilan d’une entreprise ou d’une nation, un profil de compétences monnayables, un usager réduit au catalogue de ses besoins. Chacune de ces figures dit quelque chose de vrai. Aucune ne dit l’essentiel : que l’individu ne recouvre pas la personne, ni le désir, le besoin fondamental, ni la compétence, la vocation. La personne est un sujet, un être de relation. Elle vaut avant de servir, et c’est précisément pour cela qu’elle ne peut être réduite à une fonction : tout être porte en lui-même une valeur absolue, quelle que soit son utilité.

La doctrine sociale de l’Église a identifié ce glissement, en s’intéressant en particulier à l’univers du travail. Le travail a une dimension objective, l’œuvre produite et mesurable, et une dimension subjective, l’homme qui se réalise comme personne en transformant le monde10. Le désordre de notre temps tient largement dans l’inversion de ces deux dimensions. Nous portons un soin extrême à l’objet, à la production, et oublions le sujet, le travailleur. Nous optimisons les flux, mesurons les performances au centième, et laissons l’homme se dissoudre dans ce qu’il fournit : le travailleur devient une variable d’ajustement, le malade un cas ; l’élève se dissout dans la cohorte, le citoyen derrière une statistique électorale.

Nous avons fait de la création de richesse, mesurée en produit intérieur brut, le juge de nos sociétés, or une civilisation finit par ressembler à ce qu’elle mesure. Ce juge comptabilise l’embouteillage parce qu’on y consume du carburant, et ignore la mère qui veille son enfant fiévreux. Il valorise l’accident qui implique des réparations, et ne voit pas le grand-père qui transmet à son petit-fils l’histoire de sa lignée. Tout ce qui tient une société debout, le temps offert sans contrepartie, la présence auprès d’un mourant, le bénévolat, la patience d’une éducation, échappe à ses instruments parce que cela ne s’achète ni ne se vend. Une société qui ne mesure que ce qui se monnaie ne sait plus valoriser ce qui la fait vivre, et finit par l’oublier.

Cet avertissement dépasse largement la question économique. Une économie qui omet la gratuité se condamne à produire de l’injustice11. La gratuité n’est pas un supplément d’âme. Elle est le sol où pousse la confiance, sans laquelle aucun corps social ne tient. Lorsque l’on se contente de chiffrer les relations humaines, le lien se contractualise, la solidarité se monétise, et l’attention due aux plus fragiles devient une charge dont on cherche à se défaire.

Qu’on apprécie bien la nature de notre mal, car de ce diagnostic dépend le remède. Nous ne souffrons pas d’un manque. Jamais l’humanité n’a eu autant d’espace à parcourir, de temps à vivre, de savoirs à sa portée. Notre épreuve est une désorientation : nous possédons les moyens et avons perdu de vue les fins, nous disposons de tout et ne savons plus à quoi ni à qui nous destiner. L’abondance ne console pas de l’absence de sens. Elle la rend plus criante, parce qu’elle ôte l’excuse de la pénurie.

Le remède ne sera pas le retour en arrière. Rien ne serait plus contraire à l’esprit de ces pages que la nostalgie d’un âge passé, d’un monde plus étroit et plus pauvre où l’homme, enfermé, coupé de l’extérieur, aurait mieux habité son présent. Cette tentation, le christianisme la récuse, parce que son Dieu va devant. Il ne s’agit donc pas de réduire l’espace gagné, de raccourcir nos vies ou d’éteindre nos écrans, mais de réordonner ce que nous avons reçu. Ce n’est pas de l’abondance qu’il faut guérir, c’est de son désordre.

Ce que nous appelons de nos vœux est un changement de regard : réapprendre à voir la personne là où nous ne percevions qu’une fonction, à valoriser ce qui ne se monnaie pas, à habiter ce que nous avons conquis au lieu d’y circuler en étrangers. Ce verbe, habiter, n’est pas pour nous une métaphore commode. Il dit l’orientation de la foi qui nous porte. Le Dieu des chrétiens ne se révèle pas dans l’abstraction d’une idée : il s’incarne, se fait chair en un lieu et un temps précis, dans un visage, une table partagée. À une humanité grisée par la vitesse et les flux continus, l’Évangile propose la simplicité d’un Dieu qui consent à demeurer quelque part.

Tel est l’homme que nous sommes devenus : prodigieusement augmenté et étrangement absent, riche de tous les moyens et incertain de toute fin. Les pages qui suivent ne prétendent ni épuiser ce diagnostic ni dérouler un programme. Mais nous tenons ce point de départ, qui commande tout le reste. Avant de réformer les institutions, il faut redécouvrir la personne ; avant de mieux gouverner, savoir qui l’on gouverne.

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↑Première conviction : au plus fragile, la première place

Le christianisme a offert au monde une mesure ancienne, presque oubliée, pour juger une société. Ce n’est ni sa richesse, ni sa puissance, mais le sort qu’elle réserve à ceux qui ne peuvent rien lui rendre : l’enfant qui vient de naître, le malade qui ne guérira pas, le vieillard que la mémoire abandonne, celui que l’angoisse cloue au lit. Honorer le fort est facile mais la vérité se joue auprès de qui n’a pas les moyens d’offrir en retour.

Nous posons cette pierre en premier parce que tout en dépend. Depuis plus de deux mille ans, l’Église répète une seule chose : toute femme, tout homme, créé à l’image de Dieu, porte en lui une dignité qui ne se gagne ni ne se perd, indépendante de l’âge, de la santé, de l’utilité12. Et il n’y a pas de développement véritable qui ne soit développement de tout l’homme, et de tout homme13. Le parti du plus fragile n’est donc pas un supplément d’âme qu’on s’accorde quand les comptes le permettent. C’est le critère même d’une société juste.

Pourquoi ces deux notions, dignité irréductible de l’homme, et société juste, sont-elles intimement liées ? Parce que la personne et sa dignité naissent justement de la relation : l’individu y advient comme sujet, et sans relation, il dépérit. Le mythe de l’individu autosuffisant, ne devant rien à personne, est une fiction : nul ne se met au monde lui-même, n’apprend seul à parler, à marcher, à se reconnaître dans le visage penché sur lui. Le tout-petit ne devient une personne qu’à proportion de l’attention qu’il reçoit, dans ces premiers mois où se joue la confiance qu’il accordera au monde. La Genèse l’avait dit avec une concision que rien n’a surpassée : « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen 2, 18).

L’Évangile manifeste cette vérité dans la scène de Bartimée, le mendiant aveugle assis au bord du chemin de Jéricho. Jésus s’arrête, le fait appeler, et lui pose la question qui devrait commander toute action publique : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51). Il aurait pu guérir d’autorité. Il écoute d’abord, et laisse l’homme nommer son désir. Voilà l’attention qui précède l’intervention, le soin qui reconnaît l’autre comme un sujet. Combien de nos politiques sociales oublient cette question, et traitent les fragiles comme des dossiers à instruire plutôt que comme des personnes à écouter ?

La souffrance psychique qui monte dans notre pays est le signe que le lien dont nous vivons s’est distendu. Les pouvoirs publics estiment que 13 millions de Français sont touchés chaque année par un trouble psychique. Les enquêtes menées en milieu scolaire depuis le Covid indiquent que près d’un jeune adulte sur trois présente une détresse anxiodépressive modérée à sévère14, et 62 % des 18-24 ans se déclarent régulièrement seuls. À l’âge où la vie devrait s’ouvrir et où l’on devrait se lier, une génération grandit dans un monde qui multiplie les connexions et raréfie les présences.

Quand le temps des parents est happé, quand les solidarités de voisinage se défont, quand le silence et la lenteur deviennent rares, le lien qui tient les âmes ensemble se rompt. Le plus grave est qu’à l’instant où la détresse s’aggrave, l’offre de soin du premier âge s’effondre. La Cour des comptes a décrit l’état critique de la pédopsychiatrie française : un âge moyen des praticiens supérieur à 60 ans, un quart des départements sans offre structurée de pédopsychiatrie15. On a laissé partir à la retraite ceux qui savaient écouter les enfants sans préparer leur relève, fermé des lits, raréfié les formations. Faute de soins au moment où ils vacillent, ces enfants deviendront des adultes en souffrance dont la collectivité portera la charge bien plus tard.

L’existence connaît deux seuils où la personne est plus exposée que jamais : les premières années de vie et le très grand âge. Nous reviendrons plus loin sur le grand âge. Arrêtons-nous ici sur le commencement, car la manière dont une société accueille ses nouveau-nés, entoure les mères et veille sur le lien naissant décide pour une grande part de ce qu’ils deviendront. Selon l’enquête nationale périnatale, près d’une mère sur six traverse une dépression du post-partum, le plus souvent sans soutien16. La psychiatrie périnatale le confirme : les blessures les plus précoces sont les plus durables. On peine à réparer à l’âge adulte ce qui a été abîmé dans les premières semaines. Ce soin du lien dès l’origine doit être conçu comme l’acte de justice le plus fondamental envers ceux qui ne peuvent rien demander.

Au premier rang de nos priorités, nous plaçons donc la santé mentale du premier âge : que la psychiatrie périnatale et infantile cesse d’être le parent pauvre du soin, qu’on forme et rémunère ceux qui veillent sur les commencements, que le désert pédopsychiatrique soit traité comme l’urgence nationale qu’il est devenu.

Il est un autre visage où la dignité s’éprouve, et celui-là dérange davantage, parce qu’il vient du dehors. L’étranger qui frappe à nos portes après avoir tout quitté est avant tout une personne, et la manière dont nous le recevons révèle la solidité de notre promesse de fraternité. La parabole du bon Samaritain le rappelle : la question n’est pas de savoir qui est mon prochain, comme pour en restreindre le cercle, mais de qui je veux me faire le prochain17. Le Samaritain ne demande au blessé ni ses papiers ni son origine. Il s’approche, panse, écoute et prend en charge.

L’accueil pose des questions réelles de moyens, de cohésion, d’équilibre entre les territoires qui en portent le poids, de respect des lois communes sans quoi aucune vie partagée n’est possible. La question migratoire doit absolument être traitée avec humanité par toutes celles et ceux qui souhaitent gouverner car elle révèle l’idée que nous nous faisons de notre société.

À nos yeux, il existe un chemin étroit entre la fermeture égoïste drapée dans la prudence et l’angélisme qui ignore le réel : des voies légales qui rendent l’intégration possible, qui substituent à la clandestinité des parcours dignes, qui permettent à celui qui arrive de travailler et d’apprendre la langue. L’enjeu est donc bien de trouver le point d’équilibre qui permette de garantir un accueil digne et une intégration réussie, sans jamais compromettre notre capacité à reconnaître en chacun un frère ou une sœur à l’égale dignité.

De ces principes en faveur du plus vulnérable découle une orientation simple pour l’action publique. Le critère premier, applicable à toute loi et à tout budget, tient en une question : quel effet sur le plus vulnérable ? Au-delà des effets de moyenne, de l’opinion, quel effet sur celui qui n’a ni voix ni relais ? Qu’une politique améliore sa condition, elle est juste ; qu’elle l’aggrave, aucun gain d’efficacité sur la moyenne ne la rachètera.

Soigner le lien, accueillir le plus fragile, veiller sur les commencements : tout cela demande du temps, un engagement constant, c’est-à-dire précisément ce que notre organisation collective dilapide. On ne fait pas naître la confiance chez un enfant avec des écrans, et on ne console pas une solitude par une connexion internet. La dignité, pour être plus qu’un mot, réclame une manière d’habiter le monde que nous devons réapprendre.

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↑Deuxième conviction : le droit d’habiter quelque part

Dans les années 1970, un ingénieur israélien, Yacov Zahavi, a mis en évidence une régularité troublante des comportements de déplacement, connue depuis sous le nom de conjecture de Zahavi : quel que soit le pays, quelle que soit l’époque, les hommes consacrent en moyenne à peu près une heure par jour à se déplacer. Quand les moyens de transport s’accélèrent, ce budget-temps ne diminue pas. Ce sont les distances qui s’allongent. Le train ou l’avion ont éloigné nos destinations sans pour autant réduire nos temps de transport18. Ainsi le rayon des déplacements quotidiens des Français est-il passé d’environ quatre kilomètres autour de 1800 à plusieurs dizaines aujourd’hui, à temps de trajet presque constant.

Si la distance s’allonge à temps constant, c’est que le lieu où nous nous tenons a cessé de nous suffire : plus on peut s’éloigner, moins l’endroit présent mérite qu’on y demeure. L’espace a changé de nature. Il était une demeure, il est devenu une ressource. Le sol, qui portait les noms de ceux qui l’avaient travaillé, devient réserve foncière ; le paysage, mémoire et appartenance, devient un décor, traversé, au mieux immortalisé en photo par notre smartphone. La vie, jadis tissée en un même endroit, s’est dépliée en une suite de points reliés par des routes.

Voici peut-être le fait le plus dur de notre géographie sociale : la mobilité, que l’on célèbre comme une liberté, est l’une des inégalités les mieux cachées de notre temps. L’organisation de tout l’espace autour de l’automobile, dont le parc en France est passé de six millions de véhicules en 1960 à une quarantaine de millions aujourd’hui19, a dressé des barrières invisibles entre ceux qui roulent et ceux qui restent. D’après l’enquête nationale sur la mobilité des personnes, les ménages les plus aisés parcourent près de 15 000 kilomètres par an, les plus modestes à peine plus de 3 00020. Les premiers choisissent leurs déplacements ; les autres les subissent. Relégués là où le foncier reste bon marché, c’est-à-dire loin des centres, ces derniers sont condamnés à la fatigue de la route quotidienne et à l’angoisse du prix du carburant, qui suffit à faire vaciller un équilibre déjà fragile. Néanmoins l’automobile reste le dernier lien si l’on ne veut rejoindre les assignés à résidence des bourgs vidés, dont le dernier commerce a baissé le rideau, mais que l’on ne peut plus quitter parce que le bus ne passe plus et que la gare a fermé. À force de tout éloigner, on a fait de la distance le grand séparateur, et l’on s’étonne ensuite que monte la colère sur les ronds-points.

Pendant ce temps, le sol disparaît. L’artificialisation des terres, ces hectares couverts de bitume, d’entrepôts, de lotissements et de ronds-points, progresse environ trois fois plus vite que la population21. Nous étalons sans croître, et nous habitons ce sol de moins en moins : quatre Français sur cinq vivent désormais en ville.22 Or une terre bétonnée ne redevient pas un champ. Nous léguons à nos enfants une France plus minérale, ses terres nourricières enfouies sous des zones commerciales sans âme.

Alors que nous dilapidons ainsi notre patrimoine commun, l’Église rappelle que la terre, avant d’être à quelqu’un, est à tous, selon le principe de la destination universelle des biens : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens créés doivent équitablement affluer entre les mains de tous23. » La propriété privée se justifie en tant qu’elle sert cette fin, en encourageant un investissement qui fasse fructifier la terre. Mais « la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu24. » La tradition en tire une formule plus dense : « sur toute propriété pèse toujours une hypothèque sociale 25. » Le sol que je possède, je ne le possède jamais seul. Il porte une dette envers ceux qui n’en ont pas et ceux qui viendront après moi.

Sur cette conviction d’une terre partagée grandit l’intuition plus large d’une écologie intégrale26 : on ne peut séparer l’environnement naturel de la société humaine, qui se dégradent et se relèvent ensemble. Le quartier laissé à l’abandon, le village privé de son école, la banlieue sans âme sont une seule et même blessure. « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale27. » La racine du mal a reçu un nom forgé exprès, la rapidación28 : cette accélération généralisée qui impose à toute chose un rythme qui n’est pas le sien. La création a ses temps. La terre se repose autant que le voisinage se tisse au fil des années. La logique des flux ne connaît qu’une cadence, toujours plus rapide, et ne permet pas de faire advenir ce qui demande de la lenteur pour exister.

À la tentation de l’ubiquité, de la présence partout et donc nulle part, l’Évangile répond par un prodige tranquille : Dieu, qui pouvait choisir le monde entier, a choisi un lieu. Et quel lieu. Ni Jérusalem la sainte, ni Rome la puissante, mais Nazareth, bourgade obscure de Galilée dont nul n’attendait rien. « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » lance Nathanaël (Jn 1, 46). C’est pourtant là, pour les chrétiens, que le Verbe s’est fait chair, qu’il a grandi dans l’atelier d’un artisan, parmi des visages qu’il connaissait par leur nom. L’Incarnation est un enracinement. Dieu a eu une adresse, des voisins, un paysage familier. On ne se rend pas présent au monde en le survolant, mais en habitant le coin de terre qui nous est échu.

De ce principe, nous tirons trois pistes, pour ouvrir le débat plus que pour le clore.

La première tient en une exigence qui devrait commander toute politique du territoire : un droit à la proximité habitable. Que chacun, quels que soient ses moyens, puisse vivre l’essentiel de son existence à hauteur d’homme : travailler, se soigner, conduire ses enfants à l’école, prier, sans traverser un département chaque matin ni disposer d’une fortune. La proximité ne doit pas redevenir un privilège de riches, réservé aux cœurs de ville réhabilités pendant qu’on repousse les pauvres toujours plus loin. Plusieurs métropoles explorent déjà cette « ville du quart d’heure » où l’essentiel se rejoint à pied ; il faut en faire une ambition pour tous les territoires, périphéries et bourgs compris.

La deuxième consiste à reconnaître que certains lieux échappent par nature à la pure logique de la propriété et appellent un soin partagé. L’Italie nous précède sur ce chemin. Depuis le règlement adopté par la ville de Bologne en 2014 sur l’administration partagée des biens communs urbains, plusieurs centaines de communes italiennes ont reconnu aux habitants le droit de prendre soin ensemble, par des « pactes de collaboration » passés avec la municipalité, d’une place ou d’un bâtiment à l’abandon29. Ni propriété privée, ni propriété publique anonyme : un statut tiers, celui du bien commun de proximité, dont les habitants redeviennent les gardiens parce qu’ils en sont les usagers. La France pourrait inventer pareil statut. Un quartier, un square, un jardin ou encore un lavoir ne sont pas seulement à la mairie ou à un promoteur ; ils sont aussi à ceux qui y vivent, et c’est de soigner ensemble ce lieu qui contribue, en retour, à tenir les hommes ensemble.

La troisième touche à la prise de décision. Trop souvent, les grandes opérations qui transforment un cadre de vie, l’entrepôt au bout du champ ou la rocade qui éventre un coteau, sont décidées loin, par d’autres, et l’on consulte les habitants pour la forme quand tout est déjà arbitré. Nous plaidons pour un véritable contrat local d’espace : un droit réel aux habitants pour contribuer plus concrètement au plan local d’urbanisme et qui leur donne la capacité de décider de la conformité de toute transformation majeure dans leur commune. Non par défiance envers tout projet, mais parce qu’on ne dispose pas du lieu d’autrui comme d’une chose vacante. Rendre aux habitants l’initiative sur le sol sur lequel ils vivent, c’est répondre à la grande dépossession qui a fait des hommes les passagers de leur propre territoire.

Habiter un lieu, du reste, c’est y demeurer assez longtemps pour le connaître. Le bien commun de proximité ne tient que dans la durée. La question de l’espace ramène ainsi, invariablement, à celle du temps.

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↑Troisième conviction : rendre au temps sa respiration

Quelques chiffres d’abord, qui soulignent notre paradoxe. Depuis le milieu des années 1970, la durée annuelle du travail a reculé d’environ 350 heures en France, soit près d’un sixième, et la part du temps partiel a triplé30. Nous travaillons sensiblement moins que nos parents. Et pourtant, jamais nous ne nous sommes sentis si pressés : 70 % des actifs français déclarent manquer de temps, notamment ceux qui habitent les zones rurales et la banlieue parisienne31.

Nous avons cru à une promesse au cœur de la modernité, qui devait nous rendre notre temps : la machine à laver pour la blanchisseuse, l’automobile pour le marcheur, le courriel pour l’écrivain. Nous devions enfin jouir du loisir des sages. Il s’est produit l’inverse, car la modernité a aussi apporté la technologie qui consomme le temps gagné. Chaque heure libérée est aussitôt réabsorbée par l’écran conçu pour capter l’attention ou par le trajet qui s’allonge. Selon Médiamétrie, les 15-24 ans passent au moins quatre heures et demie par jour sur internet, dont plus de la moitié sur les réseaux sociaux.32

La cause de ce paradoxe n’est pas seulement technique. Nous avons aboli, l’une après l’autre, les bornes qui scandaient l’existence et lui donnaient sa respiration : le jour de repos, qui interrompait la semaine d’un seuil sacré – ainsi, près d’un actif sur quatre travaille désormais le dimanche, au moins occasionnellement, selon la Dares33; la saison, qui réglait le travail des champs, alors que nous pouvons manger des fraises en hiver et des oranges en été ; les âges de la vie, qui inscrivaient chacun dans une succession de mûrissements, quand nous préférons éviter d’affronter de trop près les désagréments de la vieillesse. Cette trame, nous l’avons levée au nom de la liberté, de l’affranchissement de nos propres limites. Le résultat est une étrange uniformité, un temps sans relief où aucun jour n’est attendu parce qu’aucun n’est différent. À force de pouvoir tout à toute heure, nous n’attendons plus rien.

Les premiers touchés sont les enfants, qui n’ont aucun moyen de s’en défendre. L’enfance est par excellence le temps de la lenteur, ce long apprentissage où l’être se forme sans rendement et sans hâte. Or l’enfant d’aujourd’hui est happé très tôt par l’écran, avant de savoir lire, avant même de savoir s’ennuyer. On voudrait lui épargner l’ennui comme un mal, sans voir qu’il s’agit du terreau fertile de l’imagination et de la vie intérieure. Environ sept adolescents sur dix reconnaissent ne plus pouvoir se passer de leur smartphone, même quelques heures34. Une société qui ne protège pas le temps de ses enfants les prive de leur propre intériorité.

C’est pourquoi nous plaidons, sans détour, pour la sanctuarisation du temps scolaire hors des écrans : un espace soustrait aux flux incessants, où l’enfant retrouve la durée pleine d’une heure qui ne se laisse pas interrompre, voire comprenne la valeur du temps dédié à l’autre par le bénévolat – qui pourrait par exemple être valorisé dans les bulletins ou les examens nationaux. L’école n’a pas pour mission d’imiter le monde, elle a pour mission d’y préparer, et elle doit offrir ce que le monde ne donne plus : la patience, la continuité, la lente formation du regard. « L’attention, écrivait Simone Weil, est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité35. » L’enfant qui n’apprend pas à fixer son esprit, à demeurer présent à une seule chose, aura toutes les peines du monde à être présent aux autres. Cette politique pourrait d’ailleurs être étendue hors de l’école en reconnaissant collectivement que la vente de jouets connectés à des enfants de moins de 6 ans ne peut que leur être néfaste.

Mais on ne défend bien que ce dont on connaît le prix, et le prix du temps tient en un mot quasi oublié de notre civilisation de la performance et du loisir : le repos. Au commencement de notre tradition, il y a ce geste inouï d’un Dieu qui, ayant créé le monde, se repose le septième jour et en fait une bénédiction. Le sabbat n’est pas une parenthèse improductive concédée pour mieux reprendre l’ouvrage. Il garantit qu’une part de la vie échappe au rendement, rendue à la gratuité, à la contemplation, à la rencontre. S’arrêter le septième jour, c’est confesser que l’homme ne se réduit pas à ce qu’il produit. Celui qui ne sait plus s’arrêter croit que tout repose sur ses épaules ; le sabbat est autant un geste d’humilité qu’un temps ouvert à l’autre. Nos gouvernants devraient par conséquent veiller à protéger les temps de repos communs, qui risquent de disparaître avec la banalisation du travail du dimanche.

Le repos est inscrit au cœur de l’écologie intégrale : « le repos est un élargissement du regard qui permet de reconnaître à nouveau les droits des autres36. » Et un principe à la portée plus large encore : le temps est supérieur à l’espace.37 Privilégier le temps, c’est préférer les processus inscrits dans la durée à l’occupation immédiate du terrain, accepter de semer ce qu’on ne récoltera pas, servir une maturation lente plutôt que saisir un pouvoir prompt.

Les Anciens disposaient ici d’une distinction que nous avons perdue, entre le chronos et le kairos. Le chronos est le temps de l’horloge, mesuré, divisible, monnayable, celui qu’on optimise et qu’on découpe en créneaux. Le kairos est le temps favorable, l’heure de la grâce, la rencontre qui ne se programme pas. Notre civilisation s’est vouée au premier et a oublié le second. Or les choses qui comptent ne se laissent pas presser : on ne hâte pas une amitié, on ne brusque pas un deuil, on n’accélère pas une conversion. Le mystère chrétien tout entier est ici pour nous instruire. Le Dieu qui aurait pu sauver le monde d’un mot a choisi d’entrer dans le temps, d’y naître à une date, sous le règne d’un empereur que l’histoire a retenu, dans un village obscur, et d’attendre trente années dans l’ombre de Nazareth avant trois années de vie publique. Le salut lui-même, dans la foi chrétienne, a pris la durée d’une vie d’homme.

Ce qui vaut pour l’âme vaut aussi pour la cité, car notre vie publique est malade du même mal : elle a oublié la valeur de la durée. Ainsi, par exemple, chaque euro engagé dans les politiques de prévention permet à terme d’épargner plusieurs euros, mais ces fruits mûrissent trop tard pour le calendrier d’un mandat38. La démocratie d’opinion gouverne au rythme des sondages et de la prochaine échéance. Le gouvernant est captif de sa réélection ; il décide pour les enquêtes du lendemain, non pour les générations qui viennent.

Il faut donc oser des dispositifs qui restaurent le temps long et délivrent le pouvoir de sa propre précipitation. Parmi d’autres voies possibles, nous versons au débat l’idée de donner l’exemple d’un nouveau tempo au sommet de l’État avec un mandat présidentiel unique et plus long, de sept années, sans renouvellement possible. Affranchi de la tyrannie de sa réélection, le Chef de l’État est plus libre pour la réforme dont les fruits mûriront après lui. Plus largement, nous voudrions que le souci de ceux qui ne votent pas encore, et de ceux qui ne sont pas nés, soit inscrit au cœur des délibérations publiques. Une démocratie n’est pleinement juste que lorsqu’elle se sait redevable envers l’absent.

Recevoir le temps, en définitive, c’est cesser de le tenir comme une ressource à optimiser et le reconnaître pour ce qu’il est : un don que nul ne s’accorde à soi-même. Les jours de notre vie nous sont remis un à un, sans que nous en sachions le nombre. Cette dépossession, loin de nous accabler, est notre vraie liberté. Celui qui accepte de recevoir son temps avec humilité peut enfin s’arrêter, regarder, attendre.

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↑Quatrième conviction : que jeunes et vieux se réjouissent ensemble

Une nation est une conversation entre les vivants, les morts et ceux qui ne sont pas encore nés. La formule est ancienne, mais elle décrit exactement ce qui se défait sous nos yeux : une société qui n’habite plus son espace ni son temps finit par ne plus savoir habiter sa durée, ni reconnaître la valeur de la filiation ; on y gère des cohortes et des courbes. Or la transmission ne va pas de soi. Elle suppose que la société sache encore quelle place faire à ceux qui commencent leur vie et à ceux qui l’achèvent, elle suppose que tous aient un rôle dans le récit qu’elle forge pour elle-même.

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Une nation est une conversation entre les vivants, les morts et ceux qui ne sont pas encore nés.

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Le symptôme se lit aux deux extrémités de l’existence, où revient la même figure inquiète, celle d’une « génération de trop ». Au seuil de la vie, le jeune qui doit encore trouver sa place, le sens de son existence. À son terme, le vieillard, compté comme une dépense plutôt que reconnu comme une présence. Aux deux bouts, le même sentiment de relégation, la même incapacité à affirmer la dignité de chaque vie, indépendamment de ce qu’elle produit ou de ce qu’elle coûte.

Considérons la jeunesse. La France compte près de douze millions de jeunes de 15 à 29 ans, soit environ 17,5 % de sa population, sans leur consacrer de politique digne de ce nom39. Des dispositifs, elle en a d’innombrables : l’effort public se disperse entre plus de quarante programmes budgétaires et une multitude de ministères, chacun cultivant son fragment de compétence sans que personne ne tienne le fil40. Le résultat est cruel. Chaque année, selon le ministère de l’Éducation nationale, 76 000 jeunes quittent l’école sans diplôme, sans boussole pour naviguer dans un monde de plus en plus indéchiffrable et exigeant41. Le chômage des 15-24 ans atteint 19 %, près de deux fois et demie la moyenne nationale42. L’âge du premier emploi stable, qui était de 20 ans en 1975, s’établit aujourd’hui autour de 27 ans : sept années de vie suspendue se sont insérées entre l’enfance et l’âge adulte assuré43.

Derrière ces chiffres il y a d’abord de la pauvreté. Les moins de 30 ans forment une large part des personnes pauvres : près de trois millions d’enfants et environ un million et demi de jeunes adultes vivent sous le seuil de pauvreté défini à 60 % du niveau de vie médian44. Notre système de protection sociale révèle ici un présupposé caché : le revenu de solidarité active n’est accessible qu’à partir de 25 ans, comme si, avant cet âge-là, une famille veillait, soutenait, hébergeait. Ce filet, beaucoup ne l’ont pas. Nous demandons à notre jeunesse d’entrer dans la vie sans lui en donner les moyens, et nous lui prêchons la patience depuis le confort des installés. S’y ajoute une violence plus sourde : près d’un jeune sur trois déclare, selon l’association e-Enfance, avoir été confronté au harcèlement scolaire45. Pour eux, l’école, lieu même de la transmission, est devenue un lieu de peur.

Entre ces deux âges fragiles se tenait jadis l’institution qui les reliait : la famille. Par elle, le vieillard était entouré, le jeune soutenu ; la mémoire et les conseils passaient des uns aux autres. Cette médiation se défait. Aux âges de la jeunesse et de l’entrée dans l’âge adulte, la vie en couple recule nettement : près des trois quarts des femmes et deux tiers des hommes vivaient en couple en 1990, contre environ six et cinq sur dix en 202246. L’âge de la première maternité recule vers 29 ans, ce qui place nombre de parents devant une triple charge inconnue jadis : élever leurs enfants, mener leur vie professionnelle et veiller sur leurs propres parents vieillissants47. Chaque année, près de 380 000 enfants voient leurs parents se séparer ; un quart des familles sont monoparentales, portées à plus de huit sur dix par une femme, plus exposées que les autres à l’isolement et à la pauvreté.48 Au même moment, le pays a franchi un seuil oublié de longue date : en 2025, pour la première fois en temps de paix, les décès l’ont emporté sur les naissances.49 Une société où naissent moins d’enfants, qui compte plus de personnes âgées et voit son tissu familial s’effilocher saura-t-elle encore relier ses âges ?

À l’autre extrémité, le grand âge nous met devant une vague que nous voyons venir sans nous y préparer. Dès 2030, les générations du baby-boom franchiront le cap des 85 ans. Le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie passera d’un peu plus de deux millions aujourd’hui à environ deux millions six cent mille en 2040 ; les cas de maladie d’Alzheimer, eux, pourraient doubler d’ici 205050. Ces chiffres ne sont pas une menace mais une promesse : plus de nos parents et grands-parents vivront plus longtemps. Mais ces années gagnées ne sont pas toutes des années de pleine santé. À 65 ans, l’espérance de vie sans incapacité n’est que de douze ans pour les femmes et dix pour les hommes, et l’écart d’espérance de vie en bonne santé entre cadres et ouvriers dépasse neuf ans51. La longévité, elle aussi, se partage inégalement. Notre langage traduit notre perception angoissée de cette dynamique : « dépendance », « reste à charge », alors que peu de mots reflètent ce que ces années peuvent encore donner.

Le discours de l’autonomie suppose trop souvent que l’homme accompli ne dépendrait de personne, et que la vieillesse, en nous rendant dépendants, nous diminuerait. C’est une erreur anthropologique. La perte des forces n’efface pas la dignité, et dépendre n’est pas un accident des âges extrêmes – le nourrisson, le malade, l’amoureux, le mourant dépendent. En réalité, entre ces états ne court que l’illusion brève d’une indépendance que nous avons érigée en idéal.

Parmi nos réponses pour prolonger cette autonomie, nous avons pris le « virage domiciliaire », ce mot d’ordre qui veut maintenir le plus longtemps possible les personnes âgées chez elles. Celui-ci exprime une intuition juste, car nul ne souhaite finir ses jours dans l’anonymat d’une institution. Mais il peut masquer un abandon. Rester chez soi n’est positif que si l’on n’y est pas seul ; sans présence, le domicile est une cellule.

Cette vérité, les métiers du soin la connaissent dans leur chair, avec si peu de reconnaissance. Ce travail du lien est le plus mal payé et le plus invisible qui soit, porté pour près de neuf professionnels sur dix, par des femmes. Laver, nourrir, veiller, écouter, tenir une main qui tremble, prononcer un nom que la mémoire a perdu : ces gestes ne produisent rien qui puisse se vendre, et ils font pourtant l’essentiel de ce qui mérite le nom de civilisation. Comme nous le réaffirmions plus haut, le travail vaut d’abord par ce qu’il fait de celui qui l’accomplit et pour celui qui le reçoit.52 Cette primauté vaut pour ceux qui réparent et qui relient. Les besoins supplémentaires de professionnels qui accompagnent les personnes âgées se comptent en dizaines de milliers d’emplois d’ici le milieu du siècle.53 Derrière eux veillent près de quatre millions d’aidants, fils, filles, conjoints qui portent en silence la vulnérabilité d’un proche.54 Reconnaître ce travail et le rémunérer dignement n’est pas une dépense parmi d’autres.

Gardons-nous cependant d’une image simpliste : si certaines personnes âgées finissent dans la solitude d’un établissement, les générations anciennes détiennent aujourd’hui, prises ensemble, l’essentiel du patrimoine : le capital culmine autour de 60 à 70 ans, tandis que les jeunes ménages, écrasés par le coût du logement, accèdent toujours plus tard à la propriété et n’héritent qu’au seuil de la cinquantaine. De plus en plus, le pacte social protège mieux ceux qui sortent de la vie active que ceux qui y entrent : le taux de pauvreté des enfants est environ le double de celui des retraités55. Et le déclin de la natalité signifie que moins d’actifs devront demain porter des aînés plus nombreux.

D’un tel constat, une époque pressée tire une conclusion empoisonnée : la guerre des générations. On dresse les « boomers » contre les jeunes, on dénonce une « gérontocratie » qui voterait pour ses rentes au détriment de l’avenir. La tentation est compréhensible. C’est pourtant une impasse, car opposer les générations revient à trancher le lien qui, seul, les sauve l’une par l’autre. Le patrimoine des aînés n’est pas l’ennemi des jeunes. Il ne le devient que thésaurisé, immobile, retenu. Transmis, partagé, mis au service de ceux qui commencent, il redevient un héritage, c’est-à-dire un bien qui passe. Mais saurons-nous encore faire circuler entre les âges ce que chacun a reçu ?

Toute société vivante repose sur le pacte tacite par lequel ceux qui précèdent transmettent à ceux qui suivent, et ceux qui suivent honorent ceux qui précèdent. L’Écriture le dit avec force : « jeunes et vieux se réjouiront ensemble », promet Jérémie au cœur de la consolation d’Israël. Et la prophétie de Joël, reprise par Pierre au matin de la Pentecôte, dessine l’ordre exact de cette alliance : « vos anciens auront des songes, et vos jeunes auront des visions. » Les anciens rêvent à partir de la mémoire, de tout ce qu’ils ont vu, traversé, perdu et sauvé ; c’est de ces rêves enracinés que les jeunes tirent leurs visions d’avenir. Si les anciens cessent de rêver, réduits au silence de la dépendance, les jeunes cessent de voir. Il faut appeler de nos vœux « des jeunes avec des racines »56. Le Décalogue l’avait dit plus simplement : « Honore ton père et ta mère. » C’est le premier commandement assorti d’une promesse, celle de la durée, comme si la transmission entre les âges était la condition de la pérennité d’un peuple.

Comment renouer cette alliance ? Sans tracer le détail des réformes, nous indiquons des directions, fermes sur le principe et humbles sur les moyens.

Une politique de la jeunesse cohérente et dotée, d’abord, qui cesse d’éparpiller son effort entre des dizaines de programmes pour reconnaître la jeunesse comme un âge qui appelle un projet, et non comme la somme de ses risques.

Réinventer ensuite le grand âge autour de la qualité du lien, et non du seul maintien à domicile : habitat partagé, habitat inclusif, formules intergénérationnelles où l’on vieillit parmi d’autres plutôt que seul, où la présence d’un enfant rappelle au vieillard qu’il compte.

Revaloriser les métiers du soin, dans leur salaire et leur dignité, car aucune société ne tient si elle confie ce qu’elle a de plus fragile à ceux qu’elle paie le moins. Soutenir ceux qui, dans l’ombre, en portent déjà l’essentiel : un crédit de « temps aidant », mobilisable tout au long de la vie, permettrait de réduire ou suspendre son activité pour accompagner un parent ou un conjoint sans sacrifier sa carrière.

Faire de la prévention des ruptures conjugales, familiales et éducatives une politique à part entière, car c’est la rupture du lien, avant la perte des forces ou l’échec scolaire, qui précipite l’exclusion des plus fragiles. Recréer enfin des lieux et des temps où les âges se rencontrent au lieu de se séparer, contre cette ségrégation douce qui range chacun dans sa classe d’âge, l’enfant à la crèche, l’écolier à l’école, l’actif à l’entreprise, le vieillard à l’Ehpad.

L’Incarnation, ce mystère central de la foi qui veut que Dieu se soit fait chair au fil des générations, Jésus fils de Marie, descendant de David et d’Abraham, nous enseigne qu’on ne naît pas d’une idée. On ne meurt pas dans l’abstraction, mais entouré, ou abandonné. Habiter sa durée, c’est tenir cette chaîne sans traiter aucun maillon comme superflu.

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↑Cinquième conviction : avancer ensemble, de Babel à la Pentecôte

Il y a une expérience que beaucoup de nos contemporains font sans la nommer. On vit dans un pays qui fonctionne, où les trains roulent, où les écoles ouvrent, où les hôpitaux soignent, et pourtant on ne se sent plus tenu par la société. On habite un pays riche et l’on s’y trouve seul. Les chiffres déjà cités en disent la mesure : moins de trois Français sur dix font confiance à leurs institutions politiques, plus d’un sur deux juge la société trop divisée, un sur quatre se sent seul.

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On habite un pays riche et l’on s’y trouve seul.

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On serait tenté d’y voir trois crises distinctes, politique, sociale, intime mais nous y voyons une seule blessure. Là où le lien se défait, il se défait partout : entre le citoyen et l’État, entre voisins, entre l’homme et lui-même. Et cette fracture civique n’est elle-même qu’une des lignes de faille qui traversent le pays, tout comme les fractures économique et écologique et, les enveloppant toutes, une grande fracture spirituelle : la perte du sens même d’un destin commun.

La fracture économique, d’abord. Un peuple ne tient pas quand les inégalités sont trop fortes et que l’avenir est surdéterminé par la naissance ; or, c’est le chemin que nous prenons. En France, selon l’INSEE, 10 % des ménages détiennent près de la moitié du patrimoine national, tandis que plus de 15 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux le plus élevé depuis un quart de siècle57. Le mouvement est mondial et il s’emballe. Oxfam calcule que la fortune des milliardaires a crû de 81 % depuis 2020, et que 1 % des humains détiennent près de la moitié des actifs financiers de la planète58. L’impôt, censé corriger, a partiellement renoncé : d’après l’Institut des politiques publiques, les milliardaires français acquittent en moyenne 27 % de leurs revenus en impôts, contre environ 50 % pour la classe moyenne supérieure ; à l’échelle mondiale, l’économiste Gabriel Zucman a montré que leur taux effectif d’imposition, rapporté à leur fortune réelle, tombe entre 0 et 0,5 %59. La doctrine sociale de l’Eglise rappelle que « le marché à lui seul ne résout pas tout, même s’ils veulent nous faire croire à ce dogme de foi néolibérale »60. Une richesse qui cesse d’irriguer le commun trahit, au sens propre, l’option préférentielle pour les pauvres.

La fracture écologique, ensuite, qui est la dette que nous laissons à ceux qui viennent. L’année 2024 fut la première à franchir le seuil de 1,5 °C fixé par l’accord de Paris, selon l’observatoire européen Copernicus, et les politiques actuelles nous portent, d’après le Programme des Nations unies pour l’environnement, vers un réchauffement de l’ordre de 3 °C d’ici la fin du siècle61. Le WWF estime que les populations de vertébrés sauvages ont chuté de 73 % depuis 197062. Nous vivons à crédit sur la planète : le jour du dépassement, celui où l’humanité a consommé ce que la Terre peut renouveler en une année, tombait fin juillet en 2025, et dès la fin avril pour la France63. « Le climat est un bien commun, de tous et pour tous64. » Le soin de la création n’est pas un supplément vert au programme. Il a d’ailleurs un visage très concret, l’alimentation, où se lit tout le paradoxe français : la France reste la première puissance agricole européenne65, grâce à l’explosion des rendements notamment dans le domaine céréalier, et pourtant un Français sur six dit se restreindre dans son alimentation faute d’argent (contre un sur dix il y a cinq ans)66, pendant que près d’un quart des foyers d’agriculteurs français vivent sous le seuil de pauvreté lorsqu’il s’agit de l’unique activité du foyer67.

Comment en sommes-nous venus là ? Vraisemblablement par une longue habitude de penser le commun selon un modèle trop pauvre, qui réduit la personne à ses intérêts, la société à ses procédures, l’avenir à un cycle électoral. À ce compte, gouverner n’est plus que gérer des flux. On a cru, illusion mère de notre temps, qu’en additionnant des libertés et des droits on ferait une communauté. Ce pari se perd sous nos yeux. Les intérêts livrés à eux-mêmes ne s’additionnent pas, ils se heurtent, et les droits, sans amitié qui les porte, dressent les hommes les uns contre les autres. La société des contrats, parvenue à son terme, découvre qu’on ne contracte pas une fraternité.

Il faut donc nommer ce qui manque : le bien commun. La définition la plus exigeante en a été donnée : « l’ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».68 Le bien commun n’est ni la somme des intérêts particuliers, car une somme d’égoïsmes ne fait pas une cité, ni un tout collectif qui broierait la personne. Il est ce bien qui n’appartient à personne parce qu’il est à tous : le bien du « nous », qu’on ne possède qu’en le partageant. Il faut le redire avec la force que l’époque rend nécessaire : contre l’individualisme qui isole, c’est l’amitié sociale qui fonde la politique69, et c’est sur ce sol-là seulement qu’un peuple peut croître.

Mais comment le bien commun se construit-il, sans retomber dans le rêve d’un État qui essaierait en vain de tout faire, ni dans l’abandon à un marché qui déferait tout ? La tradition catholique a répondu par un mot : la subsidiarité. Le principe en a été fixé : c’est une injustice que de retirer aux groupements d’ordre inférieur les fonctions qu’ils peuvent remplir eux-mêmes, pour les confier à une collectivité plus vaste70. Ce qu’une instance proche peut faire, une instance plus haute ne doit pas le lui ôter.

Car il existe aujourd’hui en France une manière de gouverner qui éloigne toujours la décision de ceux qu’elle concerne et finit par traiter les citoyens comme des dossiers et les territoires comme des cases. Cette bureaucratie froide n’est pas le bien commun ; elle en est la caricature. Le bien commun veut que la décision se prenne, autant qu’il se peut, là où la réalité se touche, par ceux qui en portent les conséquences.

La vie d’un peuple monte d’en bas comme une sève, à travers ce tissu d’appartenances modestes où l’homme apprend à vivre avec d’autres : la famille, où l’on naît à la confiance ; la commune, où l’on prend soin du proche ; l’association, le syndicat, la paroisse, où l’on s’engage pour plus grand que soi. Ces corps intermédiaires sont l’épaisseur même de la société, ce qui se tient entre l’individu nu et l’État abstrait. Notre temps a creusé ce vide par deux excès jumeaux : l’État qui, sous prétexte d’égalité, uniformise, et le marché qui, sous prétexte de liberté, marchandise.

Que l’on ne s’y trompe pas : la subsidiarité n’est pas le masque pieux du désengagement. Elle ne demande pas un État faible, mais un État juste dans la répartition des responsabilités, serviteur de l’initiative au lieu de l’étouffer.

La subsidiarité ne signifie pas non plus l’abandon des plus faibles, ceux qui n’ont ni corps intermédiaire ni voix. Car la subsidiarité a une sœur inséparable, la solidarité, « détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun71 ». Une détermination, donc un acte de la volonté ; ferme et persévérante, donc une vertu qui dure. Solidarité et subsidiarité se tiennent l’une l’autre : la première veille à ce que nul ne soit abandonné, la seconde à ce que nul ne soit dépossédé de l’initiative. Et un critère les noue, l’option préférentielle pour les pauvres. Un peuple ne se grandit pas par ce qu’il fait pour les forts, mais par ce qu’il consent aux plus démunis.

Reste la question fondamentale : par qui se construit ce bien commun ? De ce que nous venons de voir, ce ne peut être par les seuls gouvernants. Un peuple se fait, ou se défait, par la participation réelle de ceux qui le composent. Notre démocratie souffre ici d’un mal sourd : elle a multiplié les droits du citoyen sans lui rendre la prise sur le commun. On vote et l’on rentre chez soi ; on délègue et l’on se dessaisit. Entre deux scrutins, le citoyen redevient ce spectateur défiant. Lui rendre un pouvoir d’agir supposerait d’inventer partout des lieux où la parole pèse, une démocratie locale qui ne soit pas une figuration. À une condition : que ces formes ne soient pas des consultations dont la conclusion est écrite d’avance, car rien n’aggrave la défiance comme la participation truquée. La confiance ne se décrète pas. Elle naît lentement de la présence, de la proximité, de la parole tenue : un voisin qu’on connaît, un élu qu’on rencontre, un engagement vérifié dans les faits.

De ces principes, nous tirons trois directions, des esquisses plus que des programmes.

Au nom de la destination universelle des biens, deux gestes de transmission, à l’heure où des centaines de milliers d’entreprises vont changer de mains. D’abord, encourager les fondations-actionnaires et les fonds de pérennité, qui placent durablement le capital d’une entreprise au service d’une mission et d’un territoire : le modèle est répandu chez nos voisins, de Bosch et Zeiss en Allemagne à Novo Nordisk et Carlsberg au Danemark, et illustré en France par la fondation Pierre Fabre.

Ensuite, offrir à chaque jeune, à 25 ans, une dotation de capital, un vrai pouvoir de se loger, de se former, d’entreprendre, financée par une réforme des successions qui protège les transmissions modestes et sollicite les très grands patrimoines.

Au nom de la solidarité et de l’écologie intégrale, ensuite, l’étude d’une sécurité sociale de l’alimentation : un crédit dédié à des produits de qualité, justement rémunérés et ancrés dans leur terroir, géré localement par des caisses associant citoyens, producteurs et collectivités.

Au nom de la subsidiarité, enfin, un pacte de résilience territorial, qui rendrait à chaque territoire la capacité de bâtir progressivement son autonomie alimentaire, énergétique et économique, par les circuits courts, les projets énergétiques citoyens, l’économie sociale et solidaire. Non pour se replier sur soi, mais pour tenir debout face aux crises qui viennent.

Nous ne tenons pas ces réponses pour les seules possibles. Nous les offrons comme la preuve que d’autres chemins existent.

L’Évangile, du reste, avait dit cette vérité avant nous, en images. Quand Jésus veut nommer le Royaume, il ne décrit jamais un système ; il se tourne vers le vivant. Le Royaume est semblable à un grain de sénevé qui devient un arbre, à un levain qu’une femme enfouit dans la pâte, à un corps dont les membres, si divers, ne forment qu’un seul vivant, à un festin où le maître envoie chercher sur les chemins ceux qui n’avaient pas été conviés. Et lorsque, au matin de la Pentecôte, l’Esprit descend sur la multitude rassemblée, le miracle n’est pas que tous parlent une même langue, ce qui serait revenir à Babel, où les hommes voulaient se faire un nom par leurs seules forces. Le miracle est que chacun entende dans sa propre langue. L’unité d’un peuple n’est pas l’uniformité qui efface, mais la communion qui accueille les différences. C’est ce peuple-là qu’il nous faut désirer, et c’est à ceux qui voudront demain nous gouverner que nous osons le redire.

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↑Épilogue. L’algorithme et le visage

Avant de conclure sur ces quelques convictions issues des travaux conduits pendant une année au sein du Parvis, nous avons souhaité marquer un dernier arrêt sur la révolution majeure de notre époque : l’irruption de l’intelligence artificielle dans nos vies quotidiennes. Nous avons en effet, au fil de nos mois de travaux sur l’espace, le temps, la relation à l’autre, pris peu à peu conscience de l’ampleur des bouleversements que l’IA allait engendrer, sur le plan économique, social, et même anthropologique.

C’est la raison pour laquelle le Pape Léon XIV a choisi de consacrer à son étude une part importante de sa dernière encyclique Magnifica humanitas, qui vient à point éclairer nos regards sur cette grande révolution. Les quelques lignes qui suivent visent donc modestement à intégrer quelques éléments sur le sujet à notre réflexion « Habitons la France ».

De toutes les augmentations évoquées dans ce court essai, l’intelligence artificielle aujourd’hui dépasse les autres. Des systèmes calculent, prédisent, trient, rédigent et recommandent à une vitesse et sur une échelle qu’aucun esprit humain n’atteindra. L’intelligence artificielle est la forme la plus puissante qu’ait prise notre vieux désir de dépasser nos limites, et elle transformera en profondeur, plus peut-être que la machine à vapeur en son temps, la manière dont nous travaillons, apprenons, soignons et décidons.

Disons-le sans détour, en écho aux paroles du Pape : cette puissance est d’abord une grandeur. Elle est le fruit de l’intelligence et de la liberté de l’homme, le prolongement de la vocation reçue au commencement, cultiver le monde et en déployer les promesses. L’Église ne redoute pas le progrès technologique. « Les découvertes scientifiques sont un talent confié à l’humanité afin qu’elle le fasse fructifier72. » Il n’y a pas plus de sagesse à diaboliser la machine qu’à l’adorer ; refuser l’outil que notre temps nous donne reviendrait à enfouir le talent reçu. Ce qui se joue n’est pas l’instrument, c’est l’usage, et la fin à laquelle on l’ordonne.

C’est là que veille le danger, et il porte le nom que ces pages n’ont cessé de désigner : l’inversion du sujet et de l’objet. La machine excelle à traiter ce qui se mesure, se compte et se prédit, c’est-à-dire précisément ce qui, de l’homme, n’est pas l’essentiel. Quand l’algorithme classe les candidats à un emploi, note les emprunteurs, hiérarchise les malades, oriente l’attention de nos enfants et façonne ce que des millions d’esprits verront, croiront et désireront, il fait peser sur la personne le risque d’être réduite à ce qu’elle laisse de traces : un profil, un score, un comportement probable. L’être singulier disparaît derrière son double statistique. La « culture du déchet73 ». trouve là un instrument d’une efficacité inédite, capable d’écarter sans haine, et sans visage, ceux qui ne rentrent pas dans la moyenne rentable.

Contre cette dérive, nous ne posons qu’un principe, mais il doit gouverner tout le reste : la personne avant l’algorithme. Aucun calcul, si fin soit-il, ne remplacera ce qui fait l’humanité d’une rencontre. Une machine peut prédire mille besoins ; elle ne posera jamais, en vérité, la question de Jéricho : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Cette question suppose un visage en face d’un autre visage, et le visage ne se laisse pas encoder. C’est pourquoi l’intelligence artificielle ne saurait être livrée à la seule logique de la performance et du profit. Elle doit être délibérément orientée vers la dignité, la justice et le travail des hommes, soumise à des règles d’éthique publique et à la participation de ceux qu’elle affecte. La décision qui engage une vie, un soin refusé, un crédit accordé, une peine alourdie, ne peut être abandonnée à une boîte noire dont personne n’a à répondre.

La machine étend notre portée ; elle ne nous rend pas le monde habitable. Elle peut tout mettre à notre disposition sans nous apprendre à demeurer, multiplier nos prises sans nous rendre présents les uns aux autres. Le meilleur usage que nous en ferons sera celui qui nous délivre des tâches sans âme pour nous rendre à ce qu’aucune machine ne fera à notre place : veiller un enfant, écouter un mourant, accueillir un étranger, tenir une main qui tremble. Que l’outil serve la présence, plutôt que de l’évacuer.

Pour finir, une remarque d’économie politique. Les investissements colossaux consentis pour permettre la révolution de l’IA sont en train de remodeler le monde économique – que ce soient les choix des entreprises, petites et grandes, qui investissent pour s’adapter à cette nouvelle révolution en anticipant de diminuer leurs recrutements, ou les marchés financiers, où quelques valeurs d’entreprises de l’IA captent une partie de l’épargne mondiale. Les rapports de pouvoir entre capital et travail s’en trouvent bouleversés, car c’est celui qui détient aujourd’hui le capital pour investir dans l’IA qui captera demain la valeur des gains de productivité.

L’un des risques que court notre société dans cet univers ultra-capitalistique est celui d’une domination absolue de la détention du capital, face à des travailleurs à la force démonétisée par une machine surpuissante. Après un siècle et demi de conquêtes de droits pour garantir la dignité du travail et sa digne rémunération, il faudra à nos gouvernants une détermination sans faille pour repenser un modèle économique où les gains du progrès technologique continuent de servir la dignité du travail humain et une prospérité justement partagée.

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↑Conclusion. Aux femmes et aux hommes qui gouverneront

Ces pages s’achèvent, et nous mesurons mieux, à leur terme, ce qu’elles n’auront pas dit. Nous n’avons tracé aucun programme, chiffré aucune réforme jusqu’au bout, prétendu résoudre aucune des grandes équations dont vivent les gouvernements. Telle n’était pas notre tâche. Nous avons seulement voulu rappeler, depuis notre place de citoyens engagés, ce qu’on oublie d’autant plus aisément qu’on est plus occupé à gouverner : avant les politiques, il y a des personnes.

Un fil aura couru d’un bout à l’autre de cet essai, et il porte un seul mot : habiter. Nous avons apprivoisé l’espace et cessé de l’habiter, le réduisant à une surface à traverser. Nous avons gagné du temps et nous l’avons dilapidé, incapables de nous arrêter. Nous avons multiplié les liens et raréfié les présences, jusqu’à fabriquer, au cœur des sociétés les plus connectées, une solitude de masse. Nous avons allongé les vies sans savoir où loger nos jeunes ni nos anciens. Et nous avons cru qu’un peuple pouvait tenir sur le seul calcul des intérêts. Le remède, partout, n’est pas un retour en arrière mais un changement de regard : préférer l’ancrage au flux, le soin à la vitesse, la présence à la connexion.

À ceux qui auront demain la charge de l’action collective, nous ne demandons pas d’embrasser notre foi. Nous savons que la cité se partage entre croyants et non-croyants, et que c’est en raison, non par autorité d’Évangile, que se conduisent les affaires communes. Mais nous tenons que les principes dont nous avons parlé débordent la frontière des confessions, parce qu’ils disent quelque chose de l’homme que chacun peut reconnaître. La dignité de la personne, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité, le bien commun, l’option préférentielle pour les pauvres : ce ne sont pas des dogmes, ce sont des points cardinaux. Ils n’indiquent pas le chemin dans le détail ; ils empêchent de se perdre.

Que ces points cardinaux orientent l’action publique, et beaucoup de fausses évidences tomberont. On cessera de mesurer la prospérité d’une nation à un seul indicateur, aveugle au soin, au lien et au temps donné. On cessera de traiter l’espace comme une marchandise, le temps comme un capital, l’étranger comme une menace, le vieillard comme une charge. On jugera chaque loi, chaque budget, chaque réforme à une question simple et redoutable : qu’advient-il, par elle, de celui qui n’a ni voix ni relais ?

Nous n’ignorons pas ce qu’une telle exigence a d’écrasant pour ceux qui gouvernent. Gouverner, c’est arbitrer entre des biens qui se contredisent, composer avec le réel, accepter de ne jamais satisfaire tout le monde. Nous ne jugeons pas du haut d’une pureté qui ne risque rien. Nous savons le poids des contraintes, la rareté des moyens, la dureté des temps. C’est précisément pourquoi nous plaidons pour le temps long et pour la présence : les remèdes que nous appelons ne sont pas de ceux qui paient au prochain scrutin. Soigner le lien avec un enfant, redonner vie à un territoire, rendre dignes les métiers du soin, regagner la confiance d’un peuple, rien de tout cela ne se mesure à l’échelle d’un sondage. Il y faut la patience de celui qui sème ce qu’il ne récoltera pas et qui plante l’arbre pour ceux qui viendront s’asseoir à son ombre.

Nous avons écrit ces pages sans amertume et sans naïveté. Sans amertume, parce que nous aimons ce pays et le temps qu’il nous est donné d’y vivre. Sans naïveté, parce que nous voyons les fractures et ne les minimisons pas. Nous croyons que la liberté qui a tant transformé le monde peut aussi le réordonner : ce qui a déréglé nos vies n’est pas le progrès, mais la perte de ces points cardinaux qui devaient nous permettre de l’ordonner.

Entre le découragement de ceux qui ne croient plus rien possible et l’illusion de ceux qui promettent tout, il reste le chemin de l’espérance, qui n’est pas l’optimisme. L’optimisme attend que les choses s’arrangent ; l’espérance se met au travail. Et les lampes qu’il faut allumer ne sont pas, pour la plupart, de grandes machines. Ce sont des présences : un voisin qui connaît son voisin, un soignant qu’on respecte, un élu qu’on rencontre, un enfant qu’on écoute, une personne âgée dont on recueille les rêves, un étranger dont on se fait le prochain.

Le Dieu en qui nous croyons n’a pas sauvé le monde en le survolant. Il a choisi un village, un atelier, une table, quelques visages, et il y a demeuré. Telle est, modeste et immense, la proposition que nous portons pour 2027 : que, riches de tout, nous soyons à nouveau invités à demeurer quelque part, avec quelqu’un, pour quelque chose. À celles et ceux qui voudront la servir, nous ne souhaitons pas seulement la réussite. Nous leur souhaitons la grâce plus rare d’être présents, et de nous apprendre, par leur exemple, à l’être nous-mêmes.

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↑Convictions et propositions du Parvis en vue des élections de 2027

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1. La relation à l’autre

Conviction. La relation à l’autre est un pilier de notre vie individuelle et collective, dont il faut prendre soin le plus tôt possible.

Proposition 1.1. Renforcer les moyens de la psychiatrie périnatale, de la pédopsychiatrie et de la psychiatrie du sujet jeune (15-25 ans).

  • Lutter contre les déserts pédopsychiatriques :
    • créer des primes d’installation dans les zones sous-dotées ;
    • décentraliser les formations universitaires : ouvrir des antennes universitaires et des stages en zones rurales dès le cursus, la plupart des étudiants s’installant là où ils se forment ;
    • revaloriser financièrement la spécialité « pédopsychiatrie », par exemple en finançant des bourses pour les étudiants en médecine qui s’y engagent.
  • Soutenir les structures du lien précoce : orienter des financements vers les structures, médicales ou non, qui soutiennent la relation dans les premiers temps de la vie – LAEP (lieux d’accueil enfants-parents), unités mère-bébé, PMI, CMP infanto-juvéniles, maisons des adolescents.
  • Développer l’« aller vers » : investir dans des équipes mobiles – équipes mobiles de périnatalité et équipes mobiles pluridisciplinaires, sur le modèle de dispositifs existants (ELIAS à La Réunion, Pégase en Loire-Atlantique, EMIL dans le Doubs).

Conviction. L’immigration, entendue comme accueil et intégration de l’étranger, est une composante de notre démocratie, qui demande à être assumée et structurée comme un projet de société.

Proposition 1.2. Créer, avec les associations, les universités et les entreprises, des voies d’immigration légales, sûres et favorisant l’intégration.

  • s’inspirer du programme « Couloirs humanitaires » (2017), qui a ouvert une voie légale et sécurisée d’accueil et d’intégration ;
  • couvrir aussi bien le travail, les études que le regroupement familial ;
  • travailler en partenariat avec les associations, universités et entreprises volontaires, mais aussi les diasporas, les collectivités locales et les citoyens ;
  • objectif : sortir l’action publique de son sentiment d’impuissance et répondre à des besoins réels (vieillissement, main-d’œuvre).

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2. L’espace

Conviction. L’espace est devenu une ressource rare, mal partagée et vidée de sens : chacun a droit à une proximité habitable.

Proposition 2.1. Inscrire dans les politiques publiques un « droit à la proximité habitable ».

  • conditionner les aides à l’aménagement (fonds friches, dispositifs liés au « zéro artificialisation nette », ANRU) à un critère de densité de lieux communs : espaces de rencontre non marchands, lieux de culte, bibliothèques, jardins partagés, accessibles sans voiture en moins de dix minutes ;
  • Références : les « villes du quart d’heure » (Paris, Barcelone, Amsterdam) ; les « quartiers des vingt minutes » de Melbourne (environ 500 M€ sur dix ans, et une réduction de l’ordre de 12 % de la dépendance automobile dans les quartiers concernés).

Conviction. Il n’y a pas de fraternité sans lieux pour la vivre : il faut rouvrir les espaces communs et les confier aux habitants.

Proposition 2.2. Créer un statut de « patrimoine commun de proximité ».

  • s’inspirer du règlement de Bologne (2014) sur les biens communs urbains, qui permet à des collectifs d’habitants de conclure avec leur commune des « pactes de collaboration » pour entretenir et animer un lieu partagé (plus de 280 communes italiennes l’ont adopté, des milliers de pactes signés) ;
  • applications concrètes en France :
    • ouvrir les cours d’école hors temps scolaire (à l’image des « cours oasis » parisiennes) ;
    • maintenir ouvertes et vivantes les églises de nos villages ;
    • confier places et jardins à des collectifs d’habitants ;
  • porter une attention particulière aux lieux qui font seuil entre générations et milieux sociaux.

Conviction. L’espace est toujours décidé quelque part : sans participation réelle de ceux qui l’habitent, l’aménagement peut devenir une violence.

Proposition 2.3. Instituer un « contrat d’espace » : un avis conforme citoyen sur les grandes orientations des projets d’aménagement.

  • champ d’application : tout projet dépassant un seuil fixé par décret (par exemple 10 hectares d’emprise, 20 M€, ou tout projet soumis à évaluation environnementale, data centers compris) ;
  • instance : un jury citoyen territorial tiré au sort, appuyé par des experts contradictoires et financé par le maître d’ouvrage (sur le modèle de la Commission nationale du débat public) ;
  • procédure : un avis conforme rendu sous quatre mois sur les seules grandes orientations – localisation, usages principaux, effets sur la qualité de vie et l’environnement ;
  • portée : avis public et motivé, conditionnant les principales autorisations ; en cas de refus, le porteur peut représenter un projet amendé ;
  • simplification : le dispositif absorbe les procédures consultatives existantes (concertation préalable, enquête publique) au lieu de s’y ajouter.

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3. Le temps

Conviction. Le temps de l’enfance doit être sanctuarisé hors des écrans.

Proposition 3.1. Faire du temps scolaire un temps « zéro écran ».

  • imposer un matériel pédagogique exclusivement sans écran et bannir les écrans des salles de classe (y compris la diffusion de dessins animés en maternelle et primaire) ;
  • interdire les smartphones jusqu’en terminale, au moyen de casiers sécurisés à l’entrée de l’établissement.

Proposition 3.2. Lancer un grand défi collectif de réduction du temps d’écran des enfants (en ciblant les 7,2 millions d’enfants de moins de dix ans), sans culpabilisation :

  • généraliser l’opération « une semaine sans écran » (dix jours sans écrans de loisirs, déjà suivie par des centaines d’écoles et de communes), en l’inscrivant dans les programmes du CP à la terminale ;
  • interdire la vente de jouets connectés à écran et des applications destinées aux moins de 6 ans, y compris celles présentées comme « éducatives » ;
  • encourager des activités manuelles après l’école, que les enfants pourraient ensuite présenter en classe.

Proposition 3.3. Créer une option « bénévolat » au baccalauréat, pour apprendre aux futurs adultes à faire place, dans leur emploi du temps, au don et au service.

Conviction. Pour redevenir l’instrument du bien commun, le politique doit retrouver le temps long.

Proposition 3.4. Instituer un mandat présidentiel unique de sept ans, sans réélection possible, afin d’affranchir le chef de l’État de la logique de réélection et de rendre possibles les réformes dont les fruits mûrissent au-delà d’un mandat.

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4. Les âges de la vie

Conviction. La qualité des liens (familiaux, éducatifs, intergénérationnels) est le socle de notre capacité à vivre ensemble et doit mobiliser toutes les parties prenantes.

Proposition 4.1. Structurer une politique de prévention des ruptures (conjugales, familiales, éducatives), transversale à l’ensemble des champs de l’action publique en direction des familles, des jeunes et des personnes vulnérables.

Proposition 4.2. Sécuriser les parcours professionnels des aidants.

  • faciliter les adaptations d’activité (temps partiel, etc.) ;
  • créer un crédit « temps aidant » mobilisable tout au long de la vie professionnelle, permettant des absences ou des réductions d’activité sans pénalisation durable de carrière.

Proposition 4.3. Prévenir l’isolement relationnel tout au long de la vie, en encourageant le repérage des personnes âgées isolées et la construction de réseaux de soutien et de lien.

Conviction. Chacun a sa place dans la communauté et peut apporter sa contribution, quels que soient son âge et ses capacités.

Proposition 4.4. Soutenir résolument les jeunes en difficulté, notamment d’insertion socio-professionnelle, et construire des solutions pour que tous les jeunes puissent se rencontrer et s’engager.

Proposition 4.5. Faire de l’adaptation de la société au vieillissement une priorité transversale (emploi, logement, culture…) et soutenir massivement la prévention de la perte d’autonomie.

Proposition 4.6. Poursuivre le déploiement du service civique de solidarité pour les seniors et la mobilisation nationale contre l’isolement des personnes âgées.

Proposition 4.7. Organiser un débat public sur les choix structurants du financement du grand âge :

  • pour financer la hausse des besoins (santé et accompagnement de la dépendance), quelles économies par ailleurs ou quelles recettes nouvelles ?
  • comment assurer un accompagnement digne des personnes âgées vulnérables sans construire un budget « gérontocratique » ?
  • quels choix pour attirer et former durablement vers les métiers du soin, et quelle politique migratoire associée ?

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5. Le destin collectif

Conviction. Nul ne doit être administré là où il peut agir : la subsidiarité est la condition d’une nation robuste sur ses fondamentaux (alimentation, énergie, économie, résilience face aux crises).

Proposition 5.1. Instituer un « pacte de résilience territorial ».

  • donner à chaque territoire les moyens de renforcer progressivement son autonomie alimentaire, énergétique et économique ;
  • s’appuyer sur les circuits courts, les projets énergétiques citoyens, l’économie sociale et solidaire, la formation aux métiers de la transition écologique, et les liens locaux (associations, coopératives, tiers-lieux) ;
  • chaque territoire définit ses priorités dans un cadre national commun, selon le principe de subsidiarité – non pour se replier sur soi, mais pour tenir debout face aux crises à venir.

Conviction. Une société juste doit permettre de transmettre, afin que chacun reçoive les moyens de déployer ses talents et une part du patrimoine commun.

Proposition 5.2. Soutenir la philanthropie, notamment via les fondations-actionnaires.

  • consolider et simplifier le fonds de pérennité issu de la loi PACTE (2019) ;
  • assurer la neutralité fiscale de l’apport irrévocable de titres à une fondation-actionnaire, à l’image de nos voisins européens (Bosch, Zeiss en Allemagne ; Novo Nordisk, Carlsberg au Danemark ; Fondation Pierre Fabre en France) ;
  • articuler avec le pacte Dutreil pour offrir une solution aux dirigeants sans successeur familial ;
  • orienter une part des revenus dégagés vers des causes d’intérêt général : résilience des territoires, alimentation de qualité, capital de départ pour la jeunesse.

Proposition 5.3. Instaurer une dotation de capital pour chaque jeune à 25 ans.

  • un véritable capital d’installation dans la vie adulte, mobilisable pour se loger, créer une activité, s’installer dans un métier ou financer une reconversion ;
  • financée par une réforme des successions protégeant les transmissions modestes et sollicitant davantage les très grands patrimoines.

Conviction. Se nourrir dignement est un bien commun : l’alimentation doit redevenir un lien entre les hommes, les territoires et la nature.

Proposition 5.4. Étudier la création d’une « sécurité sociale de l’alimentation » de qualité.

  • un crédit mensuel dédié à l’achat de produits conventionnés répondant à des critères de qualité nutritionnelle, de juste rémunération des producteurs et d’ancrage territorial ;
  • une gouvernance locale assurée par des caisses associant citoyens, producteurs et collectivités ;
  • objectifs conjoints : lutter contre la précarité alimentaire, soutenir l’agriculture locale et favoriser des pratiques respectueuses de l’environnement.

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↑Ceux qui ont écrit ce livre

« Habitons la France » est le fruit d’une année de travail collectif, d’octobre 2025 à juin 2026, au sein du séminaire de recherche « Gouverner autrement » du Collège des Bernardins.

À l’initiative de Marc Reverdin et Ombeline Gras

Coordination Etienne Saboly

Conseil scientifique Père Jean-Baptiste Arnaud, président de la Faculté Notre-Dame

Cinq responsables de groupes de travail

  • I. L’espace : Marc Reverdin
  • II. Le temps : Ombeline Gras
  • III. La relation à l’autre : Aude Saint-Paul
  • IV. Les âges de la vie : Lucie Robieux
  • V. Le destin collectif : Fatine Jabre

Une vingtaine de professionnels engagés dans la vie publique ont nourri ces groupes de leur expérience. Ce texte est le leur.

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↑Remerciements

Cet essai n’aurait pu exister sans l’accueil et les conseils attentifs du Collège des Bernardins et de son Pôle de recherche.

Merci à Jean-Baptiste de Franssu, président du Conseil collégial, et à Laurent Landete, directeur général du Collège, de nous avoir accueillis avec bienveillance.

Merci au père Olric de Gélis, directeur du Pôle de recherche, pour ses conseils avisés, ainsi qu’à Anne-Laure de Montlivault pour son soutien de tous les instants.

Un grand merci au père Jean-Baptiste Arnaud, président de la Faculté Notre-Dame, notre conseiller scientifique, qui nous a patiemment accompagnés tout au long de notre cheminement au sein de la doctrine sociale de l’Église.

Merci à Antoine Arjakovsky et au père Augustin Bourgue, codirecteurs du département de recherche Politique et religions, qui nous ont associés au séminaire « Gouverner autrement » et à ses soixante propositions citoyennes, et à la revue France Forum, partenaire du séminaire avec la revue Études, qui a publié notre manifeste.

Merci à la Fondation Apprentis d’Auteuil, qui a permis et inspiré l’engagement de Lucie Robieux et d’Alyette de Béru dans nos travaux.

Merci à Raphaëlle Bassereau et à tous les membres du groupe de travail sur les âges de la vie, qui ont nourri notre réflexion de leur expérience et de leur engagement.

Merci à tous nos invités de nous avoir éclairés de leur parcours, de leur expérience et de leur science : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises ; Bruno Angles, président de la Fondation des Bernardins ; Élisabeth Beton-Delègue, juge assesseur à la Cour nationale du droit d’asile ; le docteur Estelle Saint-Paul, psychiatre ; Jean-François Riaux, professeur de philosophie à la Faculté Notre-Dame ; le père Charles-Antoine Fogielman, enseignant à la Faculté Notre-Dame ; le père Marc Lambret, ancien aumônier des parlementaires.

Merci enfin à tous ceux qui nous ont relus avec patience et amitié, un cercle que nous espérons voir grandir toujours plus.

Merci à vous d’avoir pris le temps de nous lire, et avec qui nous serons heureux de poursuivre cette réflexion : écrivez-nous à leparvis@collegedesbernardins.fr.

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Collectif Le Parvis,

porté par Ombeline Gras, Marc Reverdin, Fatine Jabre, Lucie Robieux et Aude Saint-Paul.

leparvis@collegedesbernardins.fr

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↑Notes

  1. Statistique publique de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement (SDES), Enquête mobilité des personnes, 2019 ; J.-M. Beauvais, « Vitesse et étalement urbain ». ↩
  2. INSEE, séries longues d’espérance de vie à la naissance : 80,4 ans pour les hommes et 85,9 ans pour les femmes en 2025, soit une dizaine d’années de plus qu’au milieu des années 1970. ↩
  3. Rapport de la Commission d’experts, Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu, 2024. ↩
  4. IFOP, L’impact de la solitude sur la vie des Français, 2024. ↩
  5. IFOP, 2025. ↩
  6. Baromètre Cevipof, 2025. ↩
  7. Croix-Rouge française, « Santé mentale : dans la tête des Français », in Imaginer demain, 2023, p. 15. ↩
  8. INSEE, Enquête Histoire de vie et Patrimoine 2020-2021 : les 10 % les mieux dotés détiennent 47 % du patrimoine brut. ↩
  9. IFOP, L’impact de la solitude sur la vie des Français, 2024. ↩
  10. Jean-Paul II, Laborem exercens (1981). ↩
  11. Benoît XVI, Caritas in veritate (2009). ↩
  12. Le point de départ en est l’encyclique de Léon XIII Rerum novarum (1891), contre la réduction de l’ouvrier à une force de travail. ↩
  13. Benoît XVI, Caritas in veritate (2009). ↩
  14. Santé publique France, enquêtes CoviPrev (2020-2022) et EnCLASS 2022 : chez les 18-24 ans, environ 30 % de symptômes dépressifs et 43 % d’anxiété début 2022, soit deux à trois fois le niveau d’avant-crise. ↩
  15. Cour des comptes, La pédopsychiatrie – un accès et une offre de soins à réorganiser, mars 2023 (âge moyen des pédopsychiatres : 61 ans ; environ un quart des départements sans offre hospitalière de pédopsychiatrie). ↩
  16. Santé publique France, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n°18, 2023 (Enquête nationale périnatale 2021) : 16,7 % des mères à deux mois après l’accouchement. ↩
  17. Pape François, Fratelli tutti (2020). ↩
  18. Le temps de transport quotidien reste stable, autour d’une heure par jour (SDES, Enquête mobilité des personnes 2018-2019). ↩
  19. SDES, Le parc automobile français au 1er janvier 2026 (environ 40 millions de voitures particulières) ; 6,2 millions de véhicules en 1960 (données CCFA). ↩
  20. SDES-INSEE, Enquête mobilité des personnes 2018-2019 : 14 900 km par personne et par an dans le décile de niveau de vie le plus élevé, contre 3 200 km dans le plus modeste. ↩
  21. Agreste (ministère de l’Agriculture), enquête Teruti, 2025 : entre 1982 et 2018, les sols artificialisés ont progressé de 66 %, contre 21 % pour la population. ↩
  22. INSEE, Toujours plus d’habitants dans les unités urbaines, Insee Focus n°210, 2019 (environ 80 % de la population en unité urbaine). ↩
  23. Concile Vatican II, Gaudium et spes (1965). ↩
  24. Paul VI, Populorum progressio (1967). ↩
  25. Pape François, Laudato si’ (2015), 93. ↩
  26. Ibid., 10. ↩
  27. Ibid., 139. ↩
  28. Ibid., 18. ↩
  29. Ville de Bologne, Regolamento sulla collaborazione tra cittadini e amministrazione per la cura e la rigenerazione dei beni comuni urbani, 2014 ; règlement depuis adopté par plus de trois cents communes italiennes (source : Labsus). ↩
  30. INSEE, France, portrait social, 2019 : baisse de 350 heures du temps de travail annuel depuis 1975 ; le temps partiel, qui concernait à peine un emploi sur vingt à la fin des années 1960, en représente près d’un sur cinq en 2016. ↩
  31. Baromètre de la qualité de vie et des conditions de travail, enquête Odoxa pour l’Observatoire de la Qualité de Vie au Travail, octobre 2025. ↩
  32. Médiamétrie, L’Année Internet 2024 : les 15-24 ans passent près de cinq heures par jour sur internet, dont environ 60 % sur les réseaux sociaux et messageries. ↩
  33. DARES, Le travail le dimanche, 2024 : entre 22 % et 29 % des salariés travaillent le dimanche au moins occasionnellement, selon l’année et la mesure. ↩
  34. Crédoc, Baromètre du numérique 2024 (pour l’ARCEP, l’ARCOM, le CGE et l’ANCT) : 71 % des 12-17 ans déclarent ne pas pouvoir se passer de leur smartphone plus d’une journée sans manque. ↩
  35. Lettre à Joe Bouquet, 13 avril 1942. ↩
  36. Pape François, op. cit., 237. ↩
  37. Pape François, Evangelii gaudium, 2013. ↩
  38. Sur la prévention des risques professionnels, l’étude Return on Prevention (EUROGIP / Association internationale de la sécurité sociale) estime le retour à environ 2,2 euros pour chaque euro investi. ↩
  39. INSEE / INJEP, Les chiffres clés de la jeunesse 2023 : 11,9 millions de personnes de 15 à 29 ans au 1er janvier 2023, soit 17,5 % de la population. ↩
  40. Cour des comptes, Rapport public annuel 2025 — Les politiques publiques en faveur des jeunes : la politique de jeunesse se répartit entre une vingtaine de missions et quarante-deux programmes budgétaires. ↩
  41. Ministère de l’Éducation nationale, DEPP, Repères et références statistiques 2024 : environ 76 000 sortants sans diplôme en 2021. ↩
  42. INSEE, Marché du travail, 2024 : taux de chômage de 19 % chez les 15-24 ans au quatrième trimestre 2024, contre 7,4 % pour l’ensemble de la population active. ↩
  43. Ordre de grandeur repris par France Stratégie et par le sociologue Camille Peugny (Pour une politique de la jeunesse, Seuil, 2022), fondé sur l’accès au premier emploi durable. ↩
  44. Observatoire des inégalités, La pauvreté selon l’âge, et INSEE (seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian). ↩
  45. Association e-Enfance / 3018, enquête 2023 (définition large incluant le harcèlement physique, moral et en ligne). Les enquêtes du ministère de l’Éducation nationale, à définition plus étroite, situent le phénomène autour de 6 % des élèves. ↩
  46. INSEE, 2025. ↩
  47. INSEE : l’âge moyen à l’accouchement dépasse désormais 30 ans, celui à la première naissance approche 29 ans. ↩
  48. France Stratégie, Séparation des parents : quel impact sur le niveau de vie des enfants ?, 2024 (environ 379 000 enfants mineurs concernés chaque année) ; INSEE (25 % de familles monoparentales, dont 82 à 85 % portées par une femme). ↩
  49. INSEE, Bilan démographique 2025 : 645 000 naissances contre 651 000 décès, premier solde naturel négatif depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. ↩
  50. DREES-INSEE, modèle LIVIA, Insee Première n°2078, 2025, pour la perte d’autonomie ; France Alzheimer / Fondation Médéric Alzheimer pour la projection des cas d’Alzheimer (de 1,2 million en 2018 à environ 2,2 millions en 2050). ↩
  51. DREES, L’espérance de vie sans incapacité (Études et Résultats, 2024) ; INED, C. Cambois et al., La double peine des ouvriers (Population & Sociétés, 2008). ↩
  52. Jean-Paul II, Laborem exercens (1981). ↩
  53. DREES, travaux sur le soutien à l’autonomie des personnes âgées, 2024-2026 : professions exercées à 86-88 % par des femmes ; besoins estimés à 150 000-200 000 emplois supplémentaires à l’horizon 2050. ↩
  54. DREES : environ 3,9 millions de personnes aident un proche âgé. ↩
  55. Observatoire des inégalités / INSEE (2022) : taux de pauvreté d’environ 11 % chez les enfants, contre 4 à 5 % chez les 65 ans et plus. ↩
  56. Pape François, Christus vivit (2019). ↩
  57. INSEE, Enquête Histoire de vie et Patrimoine 2020-2021 (les 10 % les mieux dotés détiennent 47 % du patrimoine brut) ; INSEE, données 2024 : taux de pauvreté monétaire de 15,4 %, son plus haut niveau depuis le début de la série en 1996. ↩
  58. Oxfam, Résister au règne des plus riches, 2026 (progression de 81 % de la fortune des milliardaires depuis 2020) et Inequality Inc., 2024 (le 1 % le plus riche détient entre 43 % et 48 % des actifs financiers mondiaux). ↩
  59. Institut des politiques publiques, Quels impôts les milliardaires paient-ils ?, 2023 ; G. Zucman, rapport sur une imposition minimale des ultra-riches remis au G20, 2024. ↩
  60. Pape François, Fratelli tutti (2020). ↩
  61. Copernicus, Global Climate Highlights 2024 (2024, première année civile au-dessus de 1,5 °C) ; PNUE, Emissions Gap Report 2024 (trajectoire d’environ 3 °C à politiques inchangées). ↩
  62. WWF, Rapport Planète Vivante 2024 : déclin moyen de 73 % des populations de vertébrés sauvages suivies depuis 1970. ↩
  63. Global Footprint Network : jour du dépassement mondial le 24 juillet 2025 ; pour la France, le 19 avril 2025. ↩
  64. Pape François, Laudato si’ (2015). ↩
  65. Eurostat, Fondation IFRAP, 2025. ↩
  66. Crédoc, Les multiples facettes de la précarité alimentaire, juillet 2025. ↩
  67. Direction générale du Trésor, « Disparité de revenus agricoles », Trésor-Eco n°350, octobre 2024. ↩
  68. Concile Vatican II, Gaudium et spes (1965). ↩
  69. Pape François, Fratelli tutti (2020). ↩
  70. Pie XI, Quadragesimo anno (1931). ↩
  71. Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis (1987). ↩
  72. Léon XIV, Magnifica Humanitas (2026). ↩
  73. L’expression est du pape François (Laudato si’, 2015). ↩

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Le groupe de réflexion Le Parvis travaille au sein du séminaire de recherche Gouverner autrement. Propositions citoyennes pour 2027.

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Thème 1

La relation à l’autre

2 propositions

ConvictionLa relation à l’autre est un pilier de notre vie individuelle et collective, dont il faut prendre soin le plus tôt possible.
1.1

Renforcer les moyens de la psychiatrie périnatale, de la pédopsychiatrie et de la psychiatrie du sujet jeune (15-25 ans).

Le détail de la proposition
  • Lutter contre les déserts pédopsychiatriques :
    • créer des primes d’installation dans les zones sous-dotées ;
    • décentraliser les formations universitaires : ouvrir des antennes universitaires et des stages en zones rurales dès le cursus, la plupart des étudiants s’installant là où ils se forment ;
    • revaloriser financièrement la spécialité « pédopsychiatrie », par exemple en finançant des bourses pour les étudiants en médecine qui s’y engagent.
  • Soutenir les structures du lien précoce : orienter des financements vers les structures, médicales ou non, qui soutiennent la relation dans les premiers temps de la vie – LAEP (lieux d’accueil enfants-parents), unités mère-bébé, PMI, CMP infanto-juvéniles, maisons des adolescents.
  • Développer l’« aller vers » : investir dans des équipes mobiles – équipes mobiles de périnatalité et équipes mobiles pluridisciplinaires, sur le modèle de dispositifs existants (ELIAS à La Réunion, Pégase en Loire-Atlantique, EMIL dans le Doubs).
ConvictionL’immigration, entendue comme accueil et intégration de l’étranger, est une composante de notre démocratie, qui demande à être assumée et structurée comme un projet de société.
1.2

Créer, avec les associations, les universités et les entreprises, des voies d’immigration légales, sûres et favorisant l’intégration.

Le détail de la proposition
  • s’inspirer du programme « Couloirs humanitaires » (2017), qui a ouvert une voie légale et sécurisée d’accueil et d’intégration ;
  • couvrir aussi bien le travail, les études que le regroupement familial ;
  • travailler en partenariat avec les associations, universités et entreprises volontaires, mais aussi les diasporas, les collectivités locales et les citoyens ;
  • objectif : sortir l’action publique de son sentiment d’impuissance et répondre à des besoins réels (vieillissement, main-d’œuvre).

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2

Thème 2

L’espace

3 propositions

ConvictionL’espace est devenu une ressource rare, mal partagée et vidée de sens : chacun a droit à une proximité habitable.
2.1

Inscrire dans les politiques publiques un « droit à la proximité habitable ».

Le détail de la proposition
  • conditionner les aides à l’aménagement (fonds friches, dispositifs liés au « zéro artificialisation nette », ANRU) à un critère de densité de lieux communs : espaces de rencontre non marchands, lieux de culte, bibliothèques, jardins partagés, accessibles sans voiture en moins de dix minutes ;
  • Références : les « villes du quart d’heure » (Paris, Barcelone, Amsterdam) ; les « quartiers des vingt minutes » de Melbourne (environ 500 M€ sur dix ans, et une réduction de l’ordre de 12 % de la dépendance automobile dans les quartiers concernés).
ConvictionIl n’y a pas de fraternité sans lieux pour la vivre : il faut rouvrir les espaces communs et les confier aux habitants.
2.2

Créer un statut de « patrimoine commun de proximité ».

Le détail de la proposition
  • s’inspirer du règlement de Bologne (2014) sur les biens communs urbains, qui permet à des collectifs d’habitants de conclure avec leur commune des « pactes de collaboration » pour entretenir et animer un lieu partagé (plus de 280 communes italiennes l’ont adopté, des milliers de pactes signés) ;
  • applications concrètes en France :
    • ouvrir les cours d’école hors temps scolaire (à l’image des « cours oasis » parisiennes) ;
    • maintenir ouvertes et vivantes les églises de nos villages ;
    • confier places et jardins à des collectifs d’habitants ;
  • porter une attention particulière aux lieux qui font seuil entre générations et milieux sociaux.
ConvictionL’espace est toujours décidé quelque part : sans participation réelle de ceux qui l’habitent, l’aménagement peut devenir une violence.
2.3

Instituer un « contrat d’espace » : un avis conforme citoyen sur les grandes orientations des projets d’aménagement.

Le détail de la proposition
  • champ d’application : tout projet dépassant un seuil fixé par décret (par exemple 10 hectares d’emprise, 20 M€, ou tout projet soumis à évaluation environnementale, data centers compris) ;
  • instance : un jury citoyen territorial tiré au sort, appuyé par des experts contradictoires et financé par le maître d’ouvrage (sur le modèle de la Commission nationale du débat public) ;
  • procédure : un avis conforme rendu sous quatre mois sur les seules grandes orientations – localisation, usages principaux, effets sur la qualité de vie et l’environnement ;
  • portée : avis public et motivé, conditionnant les principales autorisations ; en cas de refus, le porteur peut représenter un projet amendé ;
  • simplification : le dispositif absorbe les procédures consultatives existantes (concertation préalable, enquête publique) au lieu de s’y ajouter.

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3

Thème 3

Le temps

4 propositions

ConvictionLe temps de l’enfance doit être sanctuarisé hors des écrans.
3.1

Faire du temps scolaire un temps « zéro écran ».

Le détail de la proposition
  • imposer un matériel pédagogique exclusivement sans écran et bannir les écrans des salles de classe (y compris la diffusion de dessins animés en maternelle et primaire) ;
  • interdire les smartphones jusqu’en terminale, au moyen de casiers sécurisés à l’entrée de l’établissement.
3.2

Lancer un grand défi collectif de réduction du temps d’écran des enfants (en ciblant les 7,2 millions d’enfants de moins de dix ans), sans culpabilisation :

Le détail de la proposition
  • généraliser l’opération « une semaine sans écran » (dix jours sans écrans de loisirs, déjà suivie par des centaines d’écoles et de communes), en l’inscrivant dans les programmes du CP à la terminale ;
  • interdire la vente de jouets connectés à écran et des applications destinées aux moins de 6 ans, y compris celles présentées comme « éducatives » ;
  • encourager des activités manuelles après l’école, que les enfants pourraient ensuite présenter en classe.
3.3

Créer une option « bénévolat » au baccalauréat, pour apprendre aux futurs adultes à faire place, dans leur emploi du temps, au don et au service.

ConvictionPour redevenir l’instrument du bien commun, le politique doit retrouver le temps long.
3.4

Instituer un mandat présidentiel unique de sept ans, sans réélection possible, afin d’affranchir le chef de l’État de la logique de réélection et de rendre possibles les réformes dont les fruits mûrissent au-delà d’un mandat.

Le détail de la proposition

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4

Thème 4

Les âges de la vie

7 propositions

ConvictionLa qualité des liens (familiaux, éducatifs, intergénérationnels) est le socle de notre capacité à vivre ensemble et doit mobiliser toutes les parties prenantes.
4.1

Structurer une politique de prévention des ruptures (conjugales, familiales, éducatives), transversale à l’ensemble des champs de l’action publique en direction des familles, des jeunes et des personnes vulnérables.

4.2

Sécuriser les parcours professionnels des aidants.

Le détail de la proposition
  • faciliter les adaptations d’activité (temps partiel, etc.) ;
  • créer un crédit « temps aidant » mobilisable tout au long de la vie professionnelle, permettant des absences ou des réductions d’activité sans pénalisation durable de carrière.
4.3

Prévenir l’isolement relationnel tout au long de la vie, en encourageant le repérage des personnes âgées isolées et la construction de réseaux de soutien et de lien.

ConvictionChacun a sa place dans la communauté et peut apporter sa contribution, quels que soient son âge et ses capacités.
4.4

Soutenir résolument les jeunes en difficulté, notamment d’insertion socio-professionnelle, et construire des solutions pour que tous les jeunes puissent se rencontrer et s’engager.

4.5

Faire de l’adaptation de la société au vieillissement une priorité transversale (emploi, logement, culture…) et soutenir massivement la prévention de la perte d’autonomie.

4.6

Poursuivre le déploiement du service civique de solidarité pour les seniors et la mobilisation nationale contre l’isolement des personnes âgées.

4.7

Organiser un débat public sur les choix structurants du financement du grand âge :

Le détail de la proposition
  • pour financer la hausse des besoins (santé et accompagnement de la dépendance), quelles économies par ailleurs ou quelles recettes nouvelles ?
  • comment assurer un accompagnement digne des personnes âgées vulnérables sans construire un budget « gérontocratique » ?
  • quels choix pour attirer et former durablement vers les métiers du soin, et quelle politique migratoire associée ?

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5

Thème 5

Le destin collectif

4 propositions

ConvictionNul ne doit être administré là où il peut agir : la subsidiarité est la condition d’une nation robuste sur ses fondamentaux (alimentation, énergie, économie, résilience face aux crises).
5.1

Instituer un « pacte de résilience territorial ».

Le détail de la proposition
  • donner à chaque territoire les moyens de renforcer progressivement son autonomie alimentaire, énergétique et économique ;
  • s’appuyer sur les circuits courts, les projets énergétiques citoyens, l’économie sociale et solidaire, la formation aux métiers de la transition écologique, et les liens locaux (associations, coopératives, tiers-lieux) ;
  • chaque territoire définit ses priorités dans un cadre national commun, selon le principe de subsidiarité – non pour se replier sur soi, mais pour tenir debout face aux crises à venir.
ConvictionUne société juste doit permettre de transmettre, afin que chacun reçoive les moyens de déployer ses talents et une part du patrimoine commun.
5.2

Soutenir la philanthropie, notamment via les fondations-actionnaires.

Le détail de la proposition
  • consolider et simplifier le fonds de pérennité issu de la loi PACTE (2019) ;
  • assurer la neutralité fiscale de l’apport irrévocable de titres à une fondation-actionnaire, à l’image de nos voisins européens (Bosch, Zeiss en Allemagne ; Novo Nordisk, Carlsberg au Danemark ; Fondation Pierre Fabre en France) ;
  • articuler avec le pacte Dutreil pour offrir une solution aux dirigeants sans successeur familial ;
  • orienter une part des revenus dégagés vers des causes d’intérêt général : résilience des territoires, alimentation de qualité, capital de départ pour la jeunesse.
5.3

Instaurer une dotation de capital pour chaque jeune à 25 ans.

Le détail de la proposition
  • un véritable capital d’installation dans la vie adulte, mobilisable pour se loger, créer une activité, s’installer dans un métier ou financer une reconversion ;
  • financée par une réforme des successions protégeant les transmissions modestes et sollicitant davantage les très grands patrimoines.
ConvictionSe nourrir dignement est un bien commun : l’alimentation doit redevenir un lien entre les hommes, les territoires et la nature.
5.4

Étudier la création d’une « sécurité sociale de l’alimentation » de qualité.

Le détail de la proposition
  • un crédit mensuel dédié à l’achat de produits conventionnés répondant à des critères de qualité nutritionnelle, de juste rémunération des producteurs et d’ancrage territorial ;
  • une gouvernance locale assurée par des caisses associant citoyens, producteurs et collectivités ;
  • objectifs conjoints : lutter contre la précarité alimentaire, soutenir l’agriculture locale et favoriser des pratiques respectueuses de l’environnement.

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Le Parvis a vu le jour en 2025 au Pôle de recherche du Collège des Bernardins, qui l’accueille et accompagne ses travaux, conduits au sein du séminaire « Gouverner autrement » du département de recherche Politique et religions. Le Collège lui a ouvert sa scène le 17 septembre 2026 pour la présentation de « Habitons la France ».

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